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Tablemots

Tablemots

Tableaux de mots, mots en tableaux, c'est le blog de Sogsine... D'abord de l'écriture en forme de nouvelles ou de poèmes. Et puis, en pointillés, quelques échos d'une petite ville de province ... ou parfois d'ailleurs et que je signe de mon nom, Gérard Silighini... Gérard et Sogsine, deux facettes d'une même personne


Lettres à Elise

Publié par Sogsine/Gérard Silighini

Catégories : #Municipales Evreux, #humeur, #lettres à Elise

Ces lettres à Élise s'adressent à une amie qui a quitté Évreux mais s’intéresse à la campagne municipale qui commence à y gronder pour de bon. Élise est peut-être fictive... Mais qu'importe !

24 janvier 2020

Ma chère Elise

Tu me demandes si se retrouvent dans la campagne électorale ces différences que tu avais notées, lors des conseils municipaux, entre Timour Veyri, l’animateur de l’opposition municipale , et le maire sortant. Les deux, d’évidence mènent leur campagne dans des tonalités bien distinctes.

L’équipe de Timour Veyri rythme la sienne en déclinant l’une après l’autre les grandes thématiques d’un programme qu’elle construit au fur et à mesure de ses échanges avec les Ebroïciens. C’est une campagne solide et qui s’appuie sur l’alliance de la plupart des partis de gauche. Tu me diras que les partis ne sont plus de mise. Mais monsieur Macron nous en a longuement chanté la ritournelle, puis il a lui-même fait une volte-face et, de son mouvement, un parti qui marche à droite, toutes têtes bien alignées ou presque.

Le maire sortant, à l’inverse jalonne sa campagne de ce que j’appellerai des « trophées », ces éléments tape-à-l’œil qui concentrent les regards et leur évitent d'aller errer dans des coins d'ombre que l'on préférerait impénétrables.

Ce côté tape-à-l’œil,  il le cultive d’abord avec les éléments de bilan qu’il met en exergue et qui font la part belle à quelques réalisations de pierre et de béton qu’il a inaugurées en grande pompe avant de se déclarer officiellement candidat. Il se garde bien d’évoquer en revanche ce qui structure vraiment le territoire et se répercute sur la vie de nos concitoyens. L’organisation de l’agglomération qui s’est largement étendue en superficie et en compétences par exemple ou bien encore le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal qui jette les bases de l’agglomération de demain et dont je ne suis pas certain qu’il soit un modèle en termes de préservation de l’environnement.

Mais le tape à l’œil éclate davantage encore s’agissant des « ralliements ».  Je passe sur celui de quelques sièges vermoulus qui ont meublé la salle du conseil au siècle dernier ou qui, restés en périphérie se sont délecté des piques et des répliques d’antan.

Je veux parler plutôt de ceux qui font les couvertures de presse et mettent à mal quelques certitudes.

Il y a par exemple ce ralliement à la liste des Républicains du premier des socialistes aux municipales de 2008, Rachid Mammeri. Mais il ne fait finalement que rejoindre dans sa démarche Ollivier Lepinteur, son concurrent malheureux qui, après n’avoir pas réussi à réaliser son rêve d’être le candidat des socialistes,  avait opté sans attendre pour un second choix : rejoindre la liste de l’UMP portée par monsieur Nicolas. Il aura d’ailleurs ensuite divorcé d’avec monsieur Nicolas pour épouser monsieur Lefrand qu’il délaisse à son tour pour conter fleurette à monsieur Rouger, à qui il imagine sans doute un bel avenir.

Comme tu le sais, les socialistes de ce temps-là ont eu des destins parfois bien étranges. Mais à l’inverse, ceux qui sont restés et qui n’ont rejoint aucune des droites, ni la droite macronienne ni la droite des Républicains, constituent à présent un noyau solidement enraciné à gauche, en tout cas je le crois.

Plus étonnant encore, il y a le ralliement de madame Plaisance, veuve du maire qui aura durant près de cinquante ans favorisé et accompagné le développement de la ville, ce maire communiste qui savait parler à tout le monde et que beaucoup de gens appelaient affectueusement Rolland.

Le nom de « Plaisance » vaut encore à Evreux son pesant de sympathie et c’était tout de même un beau trophée pour monsieur Lefrand que le ralliement de sa veuve. Mais, pas de chance pour lui ! Un des fils de Rolland Plaisance rejoint une autre liste, la liste citoyenne de Vincent Breuil. Et il le fait savoir tant et si fort que, si la presse à scandale n’avait pas à se mettre sous la dent les querelles qui opposent la veuve et les enfants de Johnny Hallyday, elle se serait probablement passionnée pour le petit monde de feu Rolland Plaisance, un édile aussi solide et humain que l’était Peppone dans le petit monde de Don Camillo.

Je ne sais si ces adeptes du parcours sinueux laisseront une empreinte durable dans la mémoire locale. Je crains en tout cas que l’image qu’ils donnent de la politique ne continue à en détourner les citoyens, d’autant que ces ralliements qui ponctuent le début de campagne de monsieur Lefrand ne font qu’ajouter à la confusion que l’on observe à droite depuis un  moment.

C'est que monsieur Lefrand, petit chef du parti Républicain dans le département de l’Eure, est en effet assis plutôt bien inconfortablement. Même s’il fait parfois semblant, il lui faut éviter de fâcher les vrais patrons que sont Bruno Lemaire et Sébastien Lecornu qui, eux-mêmes, doivent éviter de contrarier monsieur Macron dont ils sont les ministres. Ils s’attachent donc à une « bienveillante » neutralité et ils réinventent pour l’occasion un « ni-ni », ni de bon, ni de mauvais aloi…, ni soutien clair à monsieur Lefrand qui a fait exploser sa majorité, et doit dans l’urgence recruter ses fameux ralliements, ni soutien à monsieur Rouger candidat de la République en Marche qui s’est acoquiné, lui, avec les Républicains dissidents de la majorité municipale de monsieur Lefrand. 

Pas simple tu le vois ma chère Elise. Mais chacun des acteurs de ce ballet cultive sa souplesse tous les matins, j’en suis certain. Et il apprend ainsi à maîtriser les acrobaties les plus complexes, aussi bien qu’une gymnaste des pays de l’Est à l’époque de la guerre froide. Imagine en effet que messieurs Lefrand et Rouger soient contraints de fusionner leurs listes au second tour ! Quel chahut !

Ces contorsions étonnantes qui ressemblent à celles que l’on a vues chez nombre de caciques du monde d’avant qui, pour garder leur siège s’étaient découverts  macroniens, un matin en se brossant les dents, et que l’on continue de voir aujourd’hui chez les caciques macroniens qui, pour garder leur siège ou en conquérir un, font semblant de ne pas l’être, risquent de conduire à des situations que je qualifierais de cocasses s’il ne s’agissait de l’avenir de notre ville et de la qualité de vie de ses habitants.

Décidément, je préfère et de loin la démarche de Timour Veyri qui affirme ses convictions de gauche, ne renie en rien son étiquette politique, qui rassemble dans son équipe d’autres sensibilités de gauche mais aussi des femmes et des hommes de bonne volonté, et qui rythme sa campagne, je te le disais au début de ma lettre, en déclinant l'une après l’autre les grandes thématiques du programme qu'il est en train de construire avec les Ebroiciens.

Le spectacle qu'il donne est sans doute moins cocasse que celui des contorsions de la droite mais, tu seras je le pense d’accord avec moi, c’est une démarche bien plus rassurante.

 Bien à toi

29 janvier 2020

Très chère Elise,

Lors des cantonales de 2004, un peintre de ma connaissance m’avait demandé de lui confier deux exemplaires d’une de mes affiches noir et blanc. Pour la première fois, j’y arborais un sourire toutes dents découvertes, ce qui est très rare de ma part tu le sais. Il me les avait rendues quelques semaines plus tard, transformées  en deux portraits très différents qu'il avait je crois exposés un temps. Le  choix des couleurs qu'il y avait ajoutées suggérait plutôt l’empathie pour l’un des sourires quand l’autre se montrait bien plus inquiétant.

« Savez-vous, m’avait-il alors dit, que chez les primates, le sourire qui découvre les dents supérieures affirme  l’intention de ne pas mordre... Un mélange de peur et de soumission en quelque sorte. »

Monsieur Guy, toutes dents dehors sur la couverture du bilan qu’il a fait distribuer dans les boites aux lettres n’a évidemment rien d’un primate. Pas plus que les autres candidats,  ou moi-même, je l’espère, sur mon ancienne affiche. Mais à trop montrer les dents, il en ferme tellement les yeux, qu’à demi aveuglé il finit par ne pas voir qu’il mord parfois … dans les bilans de ses petits camarades.

 C’est ainsi qu’il s’attribue des créations d’entreprises, des créations d’emplois, des créations de filières universitaires, des renouvellements de wagons ou l’entretien des voies ferrées, la rénovation de logements sociaux ou d’excellents résultats pour les clubs sportifs de la ville … et que sais-je encore.  Je m'en suis demandé s'il ne fallait pas aussi lui attribuer la profusion de fruits que donne mon poirier…

Avant lui, il n’y avait rien ou  ce n’étaient que carences et atermoiements. Depuis lui, « tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ».

Sans lui, il n’y aurait rien. Ni l’Etat, ni la Région, ni le Département, ni les bailleurs sociaux, ni les sportifs,  ni les Ebroïciens eux-mêmes... Ni mon poirier, n’auraient rien fait… Sans lui, c’était au mieux le vide, au pire le chaos.

C’est qu’il est comme cela monsieur Guy. Excessif.

Tu l’avais noté ma chère Elise lorsque tu es venue assister au spectacle souvent affligeant  de conseils municipaux où il traitait Timour Veyri , son principal opposant, à grands coups d'un mépris caricatural, travestissant ses arguments, l'accusant de ne pas aimer Evreux et autres balivernes.

Est-ce vraiment de la mauvaise foi? Je n'en suis pas sûr, et s'il réécrit autour de sa personne tout le Roman municipal comme d’autres ont parfois réécrit le Roman national, peut-être est-ce seulement que son sourire toutes dents dehors lui ferme tant les yeux qu’à demi aveuglé il se voit contraint à un propos très approximatif.

Ainsi en est-il par exemple de son discours sur la dette. Il publie un graphique destiné à  donner l'impression que ses prédécesseurs ont augmenté la dette de façon effrayante quand, lui, l’aurait réduite de façon presque miraculeuse.  5,1 millions de baisse affichée , ce n’est en effet pas rien !

Pas si simple pourtant, ou plutôt  la ficelle est bien épaisse. Le graphique s'équilibre en effet autour de l'année 2014 qu’il pose comme année charnière. Mais 2014 est l'année  du premier budget de monsieur Guy. Et entre 2013 (dernier budget de la municipalité précédente) et 2014, la dette augmente de 3 millions. La baisse dont il aurait donc la paternité n’est plus alors, au mieux, que de 2 millions… Et au pire elle se traduira peut-être même par une hausse... que pourraient bien révéler les chiffres de 2019 qui ne sont pas encore publiés.

A demi-aveuglé par son sourire toutes dents devant, le voilà donc qui nous aveuglerait et ferait prendre a un lecteur inattentif des vessies pour des lanternes.

Il met également en exergue la baisse très forte des dépenses de fonctionnement en 2018. Certes, elles baissent à Évreux de 12 Millions d'euros, ce qui n’est pas rien. Mais dans le même temps, celles de l’agglomération augmentent de 15 Millions. Transferts de compétences et mutualisations obligent ! Là encore, il faut nuancer le propos. Ce n'est pas si simple. Il y a bel et bien une baisse mais bien plus limitée qu'il n'y paraît, et surtout dans le contexte d’un bouleversement du périmètre des compétences… Et des lieux de décision pour ce qui concerne une partie du quotidien des Ebroïciens... Cela n'est pas sans conséquences,  mais il se garde bien de l'évoquer.

Sur un autre registre, il s’attribue le festival Rock ’in Evreux, mais ne dit pas qu’il a d’abord étouffé le Rock dans tous ses états et qu’il a bien des difficultés à fournir des chiffres fiables sur le coût de son nouveau festival qu’il qualifie, lui, de « de plus en plus ouvert » quand d’autres le qualifient plutôt de « de plus en plus privé, hors sol … et coûteux ».  Quant à la « salle de concert accueillant des artistes internationaux » dont il chante la louange, il s’agit sans doute de la SMAC , qui n'est d'ailleurs toujours pas labellisée en tant que telle. Il en avait pourtant dit pis que pendre, il avait juré qu'il arrêterait le chantier... Bref elle s’est construite malgré lui, qui aujourd'hui l'encense. Une belle palinodie, tu en conviendras.

Je ne vais pas, ma chère Élise continuer de te conter par le menu ce bilan aussi fouillis qu’imprécis que distribue monsieur Guy.  Il y aurait tant à en redire qu’une journée d'écriture  ne me suffirait pas.  Je préfère te l’adresser en même temps que ma lettre, te laisser te forger un avis dont j'espère que tu me feras part et revenir à mon propos initial: la saga du sourire toutes dents devant. 

 Monsieur Guy nous offre en fait dans son tract, non pas un, mais deux portraits de lui.  Si le sourire de la couverture peut suggérer l’empathie, je l’admets bien volontiers, celui de la page 19 qui clôt la brochure paraît artificiel, presque contraint et il en devient inquiétant. Ce n’est pourtant pas un peintre qui en aura cette fois modifié les couleurs. C’est juste, je le crains, que ce dernier portrait arrive à la fin d’un bilan dont tu mesureras comme moi je l'imagine, les limites et les exagérations. Et ces dix-neuf pages exaspérantes d’approximations que nous sert monsieur Guy influencent sans doute la lecture de son dernier sourire et ne peuvent que nous inquiéter.

Bien à toi

 

4 février 2020

Ma très chère Élise,

Il y a quatre jours que je ne t’ai pas écrit. Rassure-toi, tout va bien et la campagne électorale est totalement éveillée à présent , comme partout je le crois. Il faudra d’ailleurs que je te parle à l’occasion de messages que je reçois et qui évoquent déjà pour le second tour des alliances improbables.

Ce week-end, Je suis passé sur le marché. J’avais oublié à quel point il m’était essentiel. Peut-être parce qu’il m’évoque celui que je traversais le samedi, petit bonhomme de dix ans, fraichement entré en classe de sixième au lycée de Longwy. Il était sur ma route du retour, presque au pied de la Grimpette. Et, pour gagner la gare routière, je devais parcourir cette île aux trésors à l’heure où on y démontait les étals. J’y ramassais de belles poignées de ces grands élastiques qui jonchaient le sol et qui me serviraient à quelque jeu que nous partagerions avec les autres mômes de la rue.

Mais voilà que la nostalgie m’égare ma chère Élise. En fait de trésors samedi, je n’ai trouvé à emporter, outre mes victuailles, que quelques images.

En arrivant par la rue du Duc de Bouillon, j’ai aperçu par exemple un petit attroupement autour d’un étal sur le bord de la place.  Monsieur Guy y jouait les bateleurs, sous le regard morne d’une poignée de ses colistiers. Il improvisait, m’a-t-il semblé, quelque tirade à l’adresse du marchand figé derrière son éventaire. En fait, c’est à la caméra plutôt qu’à l’assistance qu’il réservait ses postures. Quant au propos, c’est au gros micro emmitouflé au-dessus de lui qu’il le destinait.

Tout cela est finalement bien factice.

Il s’agissait, je ne l’ai appris que plus tard, d’un reportage pour les informations sur la 2. Je ne puis t’en dire davantage, je n’ai pas eu le temps de le visionner. Mais peut-être, toi, en as-tu eu l’occasion. En tout cas ce que j’en ai lu sur les réseaux sociaux ne m’a guère fait envie.

Ce qui m’a surtout frappé dans cette scène, c’est le silence et la raideur du groupe des colistiers. C’était ce même silence et cette même raideur qu’ils nous ont servi, à quelques exceptions près, tout au long de chaque conseil municipal. Tu l’avais constaté toi-même à chacune de tes visites. Sous l’ère de monsieur Guy, grand maître des séances, le conseil municipal n’était que la chambre d’écho de décisions déjà prises. L’opposition n’y avait pas d’autre rôle que celui de clamer en vain son opposition, cependant que la majorité y méditait la parole du maître dans un silence religieux, sauf bien sûr quelques zélateurs qui, de temps à autre, agitaient l’encensoir.

Cette image de la vanité de ces assemblées m’est revenue brutalement à l’esprit il y a peu lorsque j’ai entendu parler de l’affaire du congé de douze jours pour le deuil d’un enfant disparu. Je pense que cette histoire est venue jusqu’à toi aussi. Elle a fait tant de bruit qu’on en a oublié un instant le coronavirus et que monsieur Macron lui-même s’en est ému.

C’est une affaire qui m’a d’abord stupéfié, puis navré.

 Perdre un enfant est sans aucun doute la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et, comme nombre de Français, je peine à imaginer qu’un député ait pu voter contre la proposition d’un congé destiné à aider des parents complètement détruits à reprendre un peu de souffle... Non pas à  faire leur deuil, pour cela leur vie n’y suffira peut-être pas, mais juste reprendre un peu de souffle. Qu’un député n’ait jamais été confronté à la situation, et qu’il ne se soit jamais intéressé à la législation en la matière, je peux l’entendre ! Mais lorsque la question lui est directement posée, qu’il ne peut donc plus ignorer la tragédie qui se joue dans les familles concernées, et qu’on lui demande de voter pour ou contre la proposition de ce congé de douze jours, comment peut-il alors décider de voter NON ?

C’est sans doute qu’il ne décide plus lui-même, et qu’il laisse son groupe prémâcher sa pensée.

Et quand le chapitre n’est composé, comme l’est le groupe En Marche, que de novices ou de défroqués de partis politiques qu’ils ont contribué à ruiner, son credo commun risque bien de se limiter à « Le gouvernement donne le LA et nous chantons sa parole en chœur » .Ainsi, si les gourous de la macronie chantent qu’il ne faut en aucun cas augmenter le coût du travail, un congé supplémentaire qui coûte aux entreprises, même s'il répond aux meilleures raisons du monde, ne sera pas considéré comme pertinent… Le groupe des présents de La République En Marche a donc voté en chœur le rejet de ce congé. Enfin, pas tout à fait. Trois de ses membres ont tout de même préféré le cœur.

Cette discipline de groupe, je la connais depuis longtemps. Je suis élu, tous mandats confondus, depuis vingt-deux ans , tu le sais ma chère Élise et il est arrivé parfois, je le reconnais volontiers, que je me sois laissé emporter par elle.  Elle est utile lorsque l’action est collective. Mais il ne faut pas pour autant laisser de côté tout sens critique. Les décisions collectives s'imposent dans l'action, mais à condition que chacun ait pu influer sur elles et qu'il ait donc participé au débat. Dans la réalité, c'est loin d'être toujours le cas.

Sais-tu qu’il est arrivé qu’une conseillère municipale des amies de monsieur Guy m’ait remercié un soir d’une de mes interventions. « Je suis contente que vous ayez dit cela, m’avait-elle chuchoté. J’aurais aimé pouvoir le dire. Mais vous comprenez … ». Et elle avait bien sûr voté avec monsieur Guy… Et contre ce qu’elle aurait pourtant aimé dire.  

Ce soir-là j’avais hoché la tête d’un air entendu. Mais je crois aujourd’hui que j’aurais dû lui répondre que, non, je ne comprenais pas, non pas qu'un élu  puisse accepter un compromis, mais qu’il se laisse aveuglément soumettre par une discipline de groupe.

Cette discipline n'aura d'ailleurs guère réussi au bout du compte à monsieur Guy. Sur la fin de son mandat, un quarteron d’adjoints et de conseillers, dont certains rêvaient peut-être d’un destin, a fini par faire sécession… et cause commune avec les macroniens de la ville… Je gage qu’il tente aujourd’hui de recomposer, autour de sa personne, un nouveau chapitre qui fera vœu de silence, un nouveau chapitre godillot, avec, entre autres, le carré des zélateurs qui lui restent fidèles, et les quelques défroqués que j’évoquais dans une lettre précédente … Mais c'est une autre saga dont on tournait une des premières saynètes samedi matin sur le marché d’Évreux.

Lorsque nos concitoyens m’avaient confié mon premier mandat, je me souviens qu'un ancien m’avait lancé cette phrase provocante : « N’oublie jamais que le pouvoir d’un élu c’est celui de sa grande gueule ». En d'autres termes, c'est le poids de sa parole, que renforcent son travail et la confiance du peuple, qui permet à chaque élu d'influer sur l'action collective.

Alors quand il se tait ou qu’il ne fait qu’encenser aveuglément un maître …  !

Bien à toi très  chère Élise.

Ceci n'est pas à proprement parler une lettre à Élise. C'est une lettre ouverte à monsieur Lefrand, qui date de la mi-janvier et qui explique pourquoi je le surnomme dorénavant monsieur Guy

 

Cher monsieur Guy,

Pour vous, je me fends d’une réponse à la lettre circulaire que vous m’avez adressée. Deux ombres discrètes la distribuaient dans ma rue, que j’ai croisées au retour de ma balade vespérale et qui, manifestement, militaient Pour vous.

J’aime Evreux, voyez-vous, mais ce n’est pas pour autant que je m’afficherai sur une liste Pour vous.

Vous ne me l’avez d’ailleurs pas demandé. Et je ne crois pas que vous doutiez pour autant des liens qui m’attachent à notre cité et, d’abord, à celles et ceux qui, comme moi, y vivent. Pas plus que vous n’en doutez au fond pour les autres candidats, et encore moins pour tel ou tel acteur de la vie associative ou de la vie locale tout court que votre politique aura déstabilisé,  mis à terre parfois, et qui n’a plus aujourd’hui beaucoup d’illusions sur vous ni d’amitié Pour vous.

Alors pourquoi crier sur tous les toits de la cité jolie que les gens qui aiment Évreux ne seraient que Pour vous ?

Pour vous rassurer ? Comme vous rassure peut-être l’affiche qu’a dévoilée la presse et qui ne montre que vous, en trois poses différentes et si semblables en même temps. Un charmant début de liste :  Vous, vous et vous.

Bien sûr, au-delà de l’affiche, vous n’êtes pas seul et vous vous affichez avec des soutiens qui ne sont pas que vos clones. Il y a déjà, si j’en crois la presse, vous et Marianne Plaisance, vous et Alain Nogarède, vous et Stéphane Baki, vous et Rachid Mammeri, vous et …  Mais dites-moi, monsieur Guy, vous arrêterez vous à quelques personnalités d’antan, du temps de l’ère Plaisance ? Ou songez vous, en dedans de vous, à ratisser plus large, Pour vous ?

Monsieur Guy, Je ne suis arrivé à Évreux qu’il y a trente ans. Je n’y suis pas né, mais j’aime cette ville où mes enfants ont grandi et c’est toujours avec bonheur que j'y reçois mes petits enfants. Il y a trente ans, je m’étais étonné du nombre de personnes qui appelaient Rolland Plaisance tout simplement "Rolland".

C’est qu’il était des leurs, pour de bon. C’est qu’on le connaissait depuis toujours et qu’avec les équipes dont il savait s’entourer, il avait su …  Et c'est ainsi que pour beaucoup, il était Rolland, juste Rolland. Pas monsieur Plaisance, ni monsieur le Maire, ni Rolland Plaisance.

Vous aimeriez, je le sens bien, que de la même façon on vous appelât Guy… En vous touchant affectueusement l’épaule, comme on le faisait parfois avec Rolland. Quelle reconnaissance Pour vous !

Ce rêve, vous le suggérez au dos de votre lettre circulaire. Vous y avez mêlé à des items comme « faire un don à la campagne » ou « voter par procuration » un : « Comment rencontrer Guy ? » Pas Guy Lefrand, ni monsieur Lefrand et encore moins monsieur le Maire, campagne électorale oblige.

Juste "Guy", comme on disait juste: "Rolland".

Je crains pourtant que, Pour vous, cela ne prenne pas, même si sur vos affiches vousvousvous, vous essayez de ne montrer que Guy, Guy, Guy.

Il aurait fallu pour cela que vous soyez devenus, Evreux et vous, inséparables comme l’étaient et le seront longtemps Evreux et Rolland Plaisance, dont vous disiez pis que pendre durant la campagne municipale de 2001. Vous souvenez-vous que le premier mandat de la droite où vous étiez adjoint, il l’a d'ailleurs jugé si calamiteux qu’il aura fini par en appeler au rassemblement derrière un Champredon qu’il ne portait pourtant pas dans son coeur.

Mais vous n’êtes pas devenus inséparables, Evreux et vous.  Et  le « Guy »  que vous tentez de semer risque bien de ne pas germerFaute de vous appeler "Guy" ou "monsieur Lefrand" (je ne parlerai évidemment pas d’un « monsieur le Maire" bien trop incertain ), je crains pour vous qu’on ne finisse par faire un entre-deux et vous nommer « monsieur Guy », comme certains appelaient « monsieur Raoul », le Raoul Volfoni des tontons flingueurs.

Mais c’est une autre histoire qui, elle, me fait rire depuis que j’ai quinze ans... Pas comme la vôtre, désolé Pour vous, monsieur Guy.

Quant à « Pour Vous, la liste des gens qui aiment Evreux » dont vous aimez sans doute, vous,  la symbolique qui vous place presque hors le monde ou au-dessus de lui, et fait de vous un acteur essentiel, une sorte de Jupiter agissant "Pour Vous", c'est à dire le menu peuple… (et pourquoi pas malgré lui d'ailleurs),  A cette liste donc et son intitulé, je préfère à tous points de vue, et pas seulement celui du symbole,  Evreux Ensemble qu’animent avec passion Timour Veyri et un nombre de plus en plus important d’Ebroïciens.

9 février 2020

Ma très chère Élise,

Enfin nous entrons à Évreux dans le vif du sujet. La campagne électorale ne se résume plus au décompte des trophées et des défroqués. La longue litanie des promesses se déroule à présent sous le regard attentif de la presse qui cherche à en extraire la substantifique moelle. Elle interpelle les candidats sur des thèmes précis qui sont autant de petites boites, trop étroites pour certains quand d’autres n’ont à y verser que de longs copeaux de mots.

Ce n’est sans doute pas très différent dans les autres villes de notre doux pays où l’on a cultivé des années durant toutes les variétés de promesses paradoxales, jusqu’à ce que monsieur Macron en ait labellisé une souche particulièrement résistante et qu’il a brevetée sous le nom de « En Même Temps ». Elle en est au stade de l'industrialisation depuis plus de deux ans et se décline aujourd'hui de mille façons. C’est en même temps l’écologie et les glyphosates, en même temps un plan pauvreté et l’enrichissement des riches sur le dos des pauvres, en même temps le renouveau démocratique et l’engodillotement croissant de l’assemblée nationale…

A Évreux avant-hier, c’est sur le thème de l’écologie que la Dépêche interrogeait les candidats. Peu de créativité à vrai dire. De celui qui affirme être un écolo de toujours ou presque, mais qui clame en même temps qu’il faut surtout ne contraindre personne, à celui qui rêve de faire d’Évreux la « merveille verte » des parisiens, en passant par celui qu’ont rejoint les écolos canal historique… tous étaient d'humeur verte ce jour-là. 

Écolo un jour, Écolo toujours ! Mais je crains que les promesses de cet aphorisme ne soient aussi volatiles que celles des temps électoraux.

« Merveille Verte » par exemple, voilà qui sonne comme le titre d’un film d’animation des studios Dreamworks au début des années 2000.  S’agissant pourtant d’une production du couple terrible que forment Emmanuel Rouger et Edouard Bourrelier, rompus à toutes les subtilités de la langue macronnienne, cette merveille verte sera vite affublée d’un « En même temps » dont je crains le pire.

Faut-il que je m’étende encore sur l’écologisme de monsieur Guy dont je t’écrivais il y a peu qu’il vantait, dans son bilan, ses réalisations de pierre et de béton... Mais qu’il y occultait soigneusement l’essentiel, et en particulier son Plan Local d’Urbanisme Intercommunal qui jette les bases de l’agglomération de demain , mais qui est loin d’être un modèle en termes de politique environnementale.

J’aime bien en revanche l’engagement de Vincent Breuil. Je t’en ai peu parlé jusqu’à présent, consacrant davantage mes lettres à monsieur Guy, qui me fait voir rouge à chaque fois que je lis une de ses outrances. Vincent Breuil est quelqu’un que je connais un peu et dont je crois les convictions sincères. Lorsqu’il prône la gratuité des transports publics par exemple, ou qu’il dénonce l’insuffisance des parcours cyclables de monsieur Guy, je ne peux qu’adhérer à son propos. Si j’ai peine à imaginer pourtant que puisse facilement aboutir cette volonté qu’il affiche d’une rupture radicale avec toutes les politiques menées jusqu’alors, mais également avec les organisations politiques, je n’en suis pas moins attentif au projet qu’il porte avec ses amis et qu’il entend bien partager avec les Ebroïciens.

Un mot pour finir sur Timour Veyri.

Il y a longtemps que je travaille avec lui, tu le sais ma chère Elise. Et je partage pour beaucoup ses convictions. Je t’en parle dans chacune de mes lettres, rappelant qu’à la différence d’autres candidats, il assume son appartenance politique. Et il rassemble, sans avoir besoin pour cela de donner dans la démagogie du ni droite ni gauche. Il s’affirme au contraire clairement de gauche. Et, comme lui d’ailleurs, je sais que les politiques de droite et de gauche sont, quoi que prétendent certains, radicalement différentes, y compris à l’échelle d’une municipalité.

Si je prends par exemple la longue histoire de la friche des usines de Navarre, le choix de la municipalité de droite, à laquelle participait à l’époque monsieur Guy, avait été de ne pas s’en mêler. A partir du moment où un promoteur privé s’y intéressait, pourquoi, nous disaient-ils, « dilapider » l’argent du contribuable dans l’achat d’une quinzaine d’hectares pollués. C’est qu’on veut croire, à droite, que l’initiative privée finit toujours par rejoindre l’intérêt commun.

A gauche, à l’inverse, s’agissant de ce qui est essentiel, on préfère d’abord affirmer l’intérêt commun. Et une emprise foncière de l’ampleur de celle des usines de Navarre, les enjeux environnementaux qui s’y attachent, et particulièrement les problématiques de l’eau, justifiaient que la collectivité s’assurât de sa maîtrise , quitte à déléguer ensuite telle ou telle part de son aménagement à un promoteur privé. L’essentiel c'est d’abord la cohérence de l’ensemble dans le souci de l’intérêt commun. On a fini par voir, et en particulier les habitants du quartier de Navarre qui ont subi durant plus de quinze ans la proximité de cette friche de plus en plus dégradée, les conséquences de ce choix de la droite de 2004, plus idéologique que maladroit.

Mais j’en reviens à Timour Veyri et à sa réponse aux questions de la Dépêche. J’ai eu l’impression, en les lisant, qu’il s’y était senti trop à l’étroit. C’est que l’urgence écologique ou écologiste est tellement ancrée dans la réflexion de son équipe qu’elle en finit par toucher à tous les domaines de la vie municipale.  Et n’en parler qu’autour de quatre questions précises en devenait sans doute bien réducteur.

Voilà ma chère Élise les quelques nouvelles un peu tardives que je voulais te livrer. Il y en aura sans doute bientôt d’autres.

Porte-toi bien.

Bien à toi.

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