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Tablemots

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Tableaux de mots, mots en tableaux, c'est le blog de Sogsine... D'abord de l'écriture en forme de nouvelles ou de poèmes. Et puis, en pointillés, quelques échos d'une petite ville de province ... ou parfois d'ailleurs et que je signe de mon nom, Gérard Silighini... Gérard et Sogsine, deux facettes d'une même personne


Quinze ans de friche industrielle à Navarre

Publié par Gérard Silighini sur 9 Octobre 2019, 18:25pm

Catégories : #Blog... Petite chronique ébroïcienne

Le dossier des usines de Navarre, certains diront même le scandale des usines de Navarre, me fait sortir de ma réserve. Il m’indispose, me contrarie, m’agace, m’irrite, me fâche ... Pour tout dire, il me révolte.

Que monsieur Treuil, un chef d’entreprise connu et reconnu sur la place d’Évreux et bien au-delà, ait acheté trois hectares de ce qui restait des friches des fonderies de Navarre n’est pas en soi un scandale. Que les terrains dont il devient propriétaire soient en passe de changer de statut et de devenir constructibles quand ils ne l’étaient pas est en revanche étonnant. Mais après tout, rien ne dit aujourd’hui qu’il y ait eu quelque illégalité que ce soit. Monsieur Treuil a sans doute du flair, des projets et, pour les réaliser, l’énergie, l’entregent et l’argent.

Autant le dire tout de suite, j’ai de l’estime pour monsieur Treuil et c’est sans déplaisir, au contraire, que je m’arrête pour bavarder avec lui lorsque nous nous croisons dans le quartier que nous habitons l’un et l’autre ou encore sur la voie verte où il court quand, moi, je marche avec mon chien. Même si nous n’avons pas, loin de là, les mêmes conceptions de ce que doivent être nos organisations sociales et économiques, nous nous parlons. Nous vivons heureusement dans un pays où l’on peut être en désaccord, sans pour autant se haïr.

Ce n’est finalement pas lui d’ailleurs qui me fâche. C'est la légèreté, pour ne pas dire le cynisme du maire d’Évreux dans la gestion de ce dossier.

L’histoire des friches de Navarre date du début des années 2000. C’est d’abord la fragilité économique des fonderies et leur impact délétère sur l’environnement. Puis c’est le drame du chômage pour la grosse centaine d’ouvriers qui y travaillaient encore. Et les fonderies de Navarre ne sont alors plus qu’une friche industrielle d’une vingtaine d’hectares que convoite un promoteur.

Une telle superficie en entrée de ville et au cœur de l’ouest de l’agglomération, aurait dû être le moteur d’un projet d’aménagement global qui tienne compte des problématiques de pollution et de gestion des eaux et contribue à revitaliser une ville et un quartier en déclin. C’était par exemple une magnifique opportunité de revoir le maillage des déplacements doux dans une zone qu’allait très vite bouleverser le dernier barreau du contournement d’Évreux.

Il fallait impérativement me semble-t-il que la ville ou l’agglomération achète cette friche pour garder la maîtrise de l’ensemble. Mais l’agglomération sortait tout juste des fonds baptismaux et la ville venait de faire un virage idéologique à 180°.

Là où Rolland Plaisance, l’ancien maire, amoureux de sa ville et nostalgique de Navarre le quartier de son enfance, aurait sans doute joué la carte de la réserve foncière en faisant porter le temps qu’il fallait les terrains par l’Établissement Public Foncier de Normandie, la municipalité Debré, à laquelle participait activement l’actuel maire d’Évreux, a choisi de ne rien faire.

Ce n’était pas qu’une question d’argent. C’était aussi, je le crois, l’effet du bouleversement idéologique que tenait à marquer une équipe de droite qui venait de mettre fin à une très longue tradition de gauche.  Je me suis entendu répondre par exemple, lorsque j’ai interpellé le maire en séance puis par courrier sur l’opportunité d’acquérir la friche, qu’il n’y avait pas lieu d’engager l’argent du contribuable quand on dispose de promoteurs privés prêts à engager le leur.

Et notre promoteur, comblé,  d’acquérir les vingt hectares des anciennes usines de Navarre et de commencer par en vendre une partie à monsieur Treuil, l’étang en particulier, dont je me souviens que Rolland Plaisance m’avait dit un jour qu’il rêvait de l’intégrer à un espace public.  

On connaît la suite : un projet immobilier à dimensions variables discuté et rediscuté avec  deux municipalités puis la liquidation judiciaire de la société du promoteur après que les bâtiments aient été partiellement rasés… Mais surtout, pour les riverains, une friche devenue dangereuse, la proximité d’un immense terrain vague avec toutes les nuisances que cela implique.

Après que les gars des fonderies aient été licenciés, on leur a imposé  en plus pendant quinze ans le spectacle de leur usine, de ce lieu où ils avaient vécu, et qu’on laissait pourrir.

Quinze ans perdus !

Lorsque le maire actuel nous a réuni il y a deux ans en conseil municipal devant les portes de l’ancienne usine pour annoncer qu’il allait enfin acquérir le site,le dépolluer, le mettre en sécurité cependant que  l’on bâtirait un projet pour lui redonner vie, j’ai applaudi et si j’avais pu voter des deux mains je l’aurais fait. Je me suis dit alors qu’il avait enfin compris les enjeux, qu’il ne reproduirait pas la même faute que celle à laquelle il avait participé en 2004.

 Deux ans plus tard, j’apprends qu’au bout du compte, il aura fait acheter à l’agglomération dont il est aussi Président non pas l’ensemble du site, comme il l’avait dit, mais une partie seulement. Monsieur Treuil est passé avant et il a acquis 3 ha qui viendront désormais compléter sa propriété.

L’agglomération aurait-elle dû tout acheter ? Je pense que oui. Aurait-elle dû préempter au besoin et payer plus que ce qu’elle prévoyait initialement (150 000€) ? Je pense que oui. Était-elle en position de force ? Je pense que oui.  Si l’information que donne la presse est en effet exacte, monsieur Treuil aura payé grosso-modo 100 000 € l’hectare. Même en intégrant le coût de la dépollution (rappelons pour mémoire que la dépollution du total des quinze hectares était estimée à 2 000 000 € environ) cela ne constituerait pas pour lui une mauvaise affaire... à partir du moment où ces trois hectares passeraient de zone naturelle en zone constructible.

Je ne crois pas finalement que monsieur Lefrand ait eu envie de se battre pour prendre la maîtrise du site. Il a préféré réitérer la faute de 2004, qui pour lui n’en est pas une.  Pourquoi s’encombrer d’une friche quand on a des promoteurs prêts à s’en emparer, pensait-il alors et pense t-il toujours. Dans le monde tel qu'il le voit  il lui paraît normal que, s'agissant des friches de Navarre, le terrain constructible et potentiellement rentable reste aux mains du privé , quand le terrain inconstructible et les quelques bâtiments remarquables qu’il faudra restaurer à grands frais et aménager passent eux au public.  Les bénéfices au privé et les déficits au public…

Moi je considère  à l'inverse qu'il faut d'abord définir un projet d'aménagement dans sa globalité, tracer l'ensemble des lignes directrices en quelque sorte . Et ce n'est qu'après que l'on peut au besoin en concéder  tout ou partie à un opérateur privé... Cela suppose néanmoins dans un premier temps ce soit la collectivité qui ait la maîtrise du foncier.

Nous voilà en tout cas de nouveau bien mal partis avec cette friche. J'imagine que l'on poussera un peu les feux pour donner l'impression aux habitants de Navarre qu'il se passe enfin quelque chose sur le site... le temps d'une campagne électorale.  Et après ... ?

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