5 Mars 2026
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Ma chère Elise
La campagne électorale touche à sa fin. La “guerre” des affiches a repris, les militants s’invitent en foule sur les marchés et s’agglutinent à leurs entrées. On se salue, on discute un instant. On se jauge. Une ambiance dont j’avais perdu l’habitude. Mais l’enthousiasme grandissant de celles et ceux qui m’entourent est contagieux.
Il était moins enthousiasmant en revanche le débat d’hier sur France 3.
Les candidats présents, dont j’étais tu le sais, étaient plus enclins au soliloque qu’à l’échange d’idées. M Champredon en a été le mètre étalon. Il nous a débité sans reprendre son souffle, ni rien dire du rôle singulier d’un maire en la matière, les items d’un chapitre sur la lutte contre la délinquance (prévention, sanction, réinsertion, réparation), puis ceux d’un chapitre sur l’attractivité d’un territoire.
Mme Petitjean a préféré contester ce micro-trottoir qu’avait réalisé l’équipe de France 3 et où personne ne se souciait vraiment d’insécurité dans la ville. Puis elle a lancé les enchères sur le nombre de policiers municipaux qu’elle estime nécessaires (un pour 1000 habitants), rapidement débordée par un Brigantino qui, lui, en veut 100 (soit un pour 500 Ebroïciens). C’est presque autant que le nombre d’agents de la police nationale au commissariat d’Evreux. Tu te rends compte !
Quant à M Lefrand, il était plus Lefrand que jamais. Il détournait, réduisait ou déformait le propos de ses adversaires, placé qu'il était dans la position bien inconfortable de la cible de toutes les critiques ou presque. C’est que le contenu de son programme invite à se demander pourquoi il n’a pas déjà mis en œuvre durant ses douze premières années de mandat ce qu’il propose pour demain. Si encore son action s’était inscrite dans un projet clair et clairement partagé, avec une succession d’étapes ! Mais tu te souviens, Elise, que j’avais, un soir en conseil municipal comparé son action politique, à celle d’un chauffard qui foncerait dans la nuit tous feux éteints. Eh bien il n’a pas changé, si ce n’est qu’en ces temps de campagne il klaxonne en plus.
En ce qui me concerne enfin, j’ai juste essayé de rester moi-même.
Tu sais à quel point je déteste les débats qui simplifient jusqu’à la caricature, et qui, pour régler les incivilités et la délinquance se contentent de multiplier gendarmes et caméras ou encore proposent, pour redynamiser un centre-ville qu’ont déserté les commerces, de remettre des commerces sans avoir regardé d’abord ce qui a fait disparaître les chalands.
« Evreux, c’est comme partout, a expliqué Lefrand ».
Ben voyons ! Dans toutes les villes moyennes, on aurait donc déménagé en périphérie l’hôpital du centre-ville emmenant avec lui ses centaines de patients, de salariés, de visiteurs et sans anticiper ce que l’on ferait de la friche qu’il laissait. Dans toutes les villes moyennes on aurait développé parallèlement en périphérie une zone franche dont l’effet d’aubaine incitait nombre de professions libérales, y compris des cabinets médicaux, à quitter le centre. Dans toutes les villes moyennes, on aurait simultanément développé l’accueil d’enseignes commerciales dans la même zone, ou sur ses franges, pour organiser un véritable centre d’agglomération qui continue aujourd’hui encore d’aspirer les enseignes du centre-ville. (Jules très récemment). Dans toutes les villes moyennes on aurait favorisé le dépeuplement des quartiers et détruit des logements pour les reconstruire dans les communes voisines.
C’est cette succession de décisions politiques qui, entre autres choses, distingue les difficultés du centre-ville d’Evreux de celles d’autres villes préfectures. Il ne s’agit pas seulement comme l’évoquait M Lefrand des méfaits de l’E-Commerce et de l’E-administration.
Le coeur de notre cité, il faut en tout cas le réparer à présent, en reconstruire un fonctionnement différent. Il doit continuer ou recommencer à fédérer les quartiers et affirmer notre identité commune.
Je te le disais, ma chère Elise, Je n’ai été que moi-même, durant ce débat, interrompant de temps à autre les soliloques, pour proposer des solutions plus complexes qu’une enchère sur le nombre de policiers à recruter ou que le « y a qu’à remettre des commerces ». Brièvement bien sûr. Dans ce format de débat, on ne dispose que de quelques minutes, et fractionnées de surcroît.
Ai-je eu raison ? Je n’en sais rien.
Je n’ai pas cherché à placer de ces petites phrases que l’on retient… Et pour la communication, à quelques encablures du premier tour … !
Mais finalement, n’est-il pas plus rassurant pour nos concitoyens d’entendre le propos d’un candidat qui ne craint pas de regarder la ville dans sa complexité, et veut imaginer avec eux ce qu’elle sera demain, plutôt que des répliques bien senties mais qui se perdent dans le brouhaha des querelles ?
Bien à toi