25 Juin 2026
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Ma chère Elise,
Me voici de retour. Après avoir passé les dernières vingt quatre heures dans le confort d’une salle de congrès et d’une chambre d’hôtel bien climatisées, je retrouve avec peine les températures caniculaires qui plombent notre Normandie et auxquelles nos corps s’habituent tant bien que mal … Jusqu'à quand ?
J’imagine qu’il se trouvera encore quelques climatosceptiques pour nous expliquer que l’on aurait déjà connu de tels épisodes de chaleur par le passé, qu’on était moins regardant, moins fragile et que l’on savait s’adapter au climat …
On connaît le refrain et chacun de ses couplets. Surtout ne rien changer à nos habitudes. Le climat est assez grand pour se dérégler tout seul. Et quand bien même l’activité humaine l’y aurait aidé, considérons alors le peu de vertu environnementale des Chinois, des Indiens ou des Américains, des autres de façon générale, plutôt que de stigmatiser des Quads bien de chez nous qui parfois animent nos chemins et nos forêts et nous détendent le dimanche.
Tiens, me revient Elise une délibération au dernier conseil communautaire et qui proposait une subvention pour le rallye plaines et vallées. Une majorité l’aura votée, mais quelques-uns de nos collègues ont refusé de cautionner l’événement en lui octroyant de l’argent public. Difficile en effet selon eux, ou pour le moins paradoxal, de subventionner des dispositifs qui visent à pallier les effets du dérèglement climatique tout en soutenant des pratiques qui contribuent à l’alimenter.
Puis Jean-Pierre Haillard, maire de Gauville, est intervenu longuement, donnant un peu de hauteur au sujet, revenant sur des délibérations antérieures qui avaient réduit des subventions dans le champ du social. Il a évoqué de façon plus générale la question des arbitrages budgétaires et la nécessité pour la collectivité de coller aux besoins de nos concitoyens, particulièrement de ceux qui ne disposent que des services publics pour patrimoine.
Il ne l’a pas dit exactement comme cela. Mais c’est ce que je retiens de son intervention sur le fond.
Le Président lui a répondu d’une charge violente, détournant son propos comme il en est coutumier, l’accusant de “faire de la politique”, lui tirant moralement les oreilles, et lui assénant quelques coups de règles virtuels sur les doigts… Il donnait l’impression de vouloir humilier son collègue, jusqu’à le faire définitivement se taire.
J’en étais gêné, et davantage peut-être encore par les quelques applaudissements qui ont salué cette charge.
Il est de surcroît très curieux, Elise, que monsieur Lefrand accuse son collègue de faire de la politique politicienne.
Après tout, Jean-Pierre Haillard est élu - et bien mieux élu que monsieur Lefrand lui-même - dans un village où tout le monde connaît tout le monde et où la confiance se gagne d’abord par la proximité. Guy Lefrand à l’inverse est élu en ville où l’on se connaît moins et il inscrit son élection dans le contexte très différent d’alliances politiques, de ralliements de circonstance comme celui de ces macronistes qui, hier encore, vilipendaient sa gestion.
Si l’un des deux protagonistes fait de la politique “politicienne”, ce n’est certainement pas Jean Pierre Haillard …
Je te l’ai dit, Elise, cet épisode m’a mis très mal à l’aise et je ne pense pas avoir été le seul dans ce cas.
Pour le reste, l’ambiance de ce conseil communautaire est restée égale à ce qu’il t’est arrivé d’en connaître; monotone, et surtout ponctuée d’interventions issues des groupes minoritaires d’Evreux, que le président balaye sans vraiment y répondre.
Ce n'est pas qu’ils veuillent, comme le disent parfois de nos collègues, régler des comptes Ebroico-ébroïciens dans l’enceinte de l’agglo, leur donnant ainsi plus de résonance.
Cela traduit simplement le fait que le projet municipal de monsieur Lefrand et ses déclinaisons dans le champ de l’agglomération sont loin d’avoir convaincu une majorité d’Ebroïciens et que la parole des représentants de la ville d’Evreux à l’agglomération ne peut donc qu’être diverse.
Confronté à cette réalité, le maire d’Evreux devrait sans doute laisser davantage de place au dialogue dans son conseil municipal, y évoquer davantage les sujets de l’agglo, et rechercher chaque fois qu’il le peut les compromis qui pourraient faire consensus. Ce sont d’ailleurs, je le souligne au passage, les conditions de ce dialogue que devra régenter le fameux règlement intérieur qui a donné lieu à une passe d’arme sévère au dernier conseil municipal.
Monsieur Lefrand me donne parfois l’impression de vouloir s’y essayer à cette recherche de consensus. Après tout n’a-t-il pas accepté d’ajouter par exemple, à notre demande, la gratuité des bus urbains à celle des parkings qu’il proposait lui-même.
Mais le moins que l’on puisse dire est qu’il manque de pratique. Et l’invective, le mépris et la langue de bois s’invitent bien trop souvent dans le dialogue. Sur ces registres, il commence même à faire des émules dans ses rangs.
Il en est des coups de chaud dans nos assemblées comme des périodes de canicule. Ils s'éteignent tous deux le plus souvent dans la violence des orages, avant de réapparaître renforcés quand on les croyait définitivement disparus.
Chassez le naturel !
Bien à toi