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Brèves vacances et retour studieux

Ma chère Elise,

J’ai retrouvé avec bonheur la plage de Villers sur mer et les quelques habitudes que j’avais délaissées le temps de la campagne électorale. A commencer par ma promenade matinale quotidienne avec Steppe, et qui me conduit à la petite terrasse de la boulangerie où je déguste mes croissants. Je n’y étais plus venu depuis le mois d’août et je crois bien que cela m’avait manqué.

Je suis rentré à Evreux vendredi après-midi, juste à temps pour siéger à la commission 5 de l’agglomération, celle qui se préoccupe des finances, entre autres dossiers.

Nous y avons débattu courtoisement, sous la présidence de Sylvain Boreggio qui a été réélu à ce poste malgré la candidature de Cyril Heuzé. Il n’était manifestement pas question d’ouverture, pour les présidences de commissions, à d’autres personnes que celles qu’a choisies monsieur Lefrand. Je ne parle même pas d’une ouverture à l'opposition.  C’est une notion qui n’a pas cours au conseil communautaire où, nous rappelle-t-on depuis qu’elle existe, la politique n’a pas sa place et qui, de surcroît ne doit pas être le lieu de règlements de comptes entre les élus de la ville d’Evreux. 

Mais comment pourrait-il y avoir une ou des oppositions à l’agglo lorsqu’il n’y a pas de projet de territoire clairement partagé, voire pas de projet du tout. Une opposition repose sur des visions tout ou partie différentes du monde, d’un territoire, d’un mode de gouvernance … On ne s’oppose pas juste pour s’opposer

Ce n’est pas seulement moi qui prétends qu’il n’y ait pas de projet clair.

C’est aussi la chambre régionale des comptes qui déplorait il y a peu cette absence, ou en tout cas l’absence d’un projet de territoire mis à jour. Elle déplorait également le flou qui entoure la notion d’intérêt communautaire, ce qui paraît évident. L’intérêt communautaire, c’est en effet ce qui va dans le sens du projet que l’on partage. Et s’il n’y a pas de projet …

Ce sont aussi, les conseillers communautaires eux-mêmes, lorsqu’ils s’interrogent, comme ils l’ont fait assez librement vendredi soir, sur la pertinence des compétences que s’est attribué l’agglomération et leur soutenabilité compte tenu d’un budget plus que tendu.

Lorsque Rolland Plaisance avait lancé l’agglomération, les enjeux étaient relativement clairs. Il s’agissait entre autres choses, et en structurant autrement les anciens syndicats intercommunaux, de se préoccuper de développement économique et de partager des charges de centralité entre Evreux et les communes des alentours. L’aménagement du pôle gare, pour prendre cet exemple d’actualité, concerne les Ebroïciens qui partent chaque jour vers la région parisienne, mais encore davantage de personnes venues des communes de l’agglomération. La gare se situe à Evreux, mais c’est un outil pour toute l’agglomération. C'est cela la centralité.

Sous la majorité de Michel Champredon, on a rebaptisé cette agglo en Grand Evreux Agglomération. Et on a beaucoup travaillé à lui donner du sens, à structurer, à programmer, à planifier. Je ne prétends pas que tout ait été merveilleux, loin de là. Et d’ailleurs Champredon a été sèchement éconduit ensuite par les Ebroïciens après qu’il a « réussi » à fracturer sa majorité. Mais on ne peut lui enlever cette volonté qu’il a montré de rassembler les communes de l’agglo autour d’un projet commun.

Puis, en 2017, la communauté de commune de Saint André et le Grand-Evreux-Agglomération ont fusionné, devenant ensemble Evreux-Porte-De-Normandie.

Cela s’est produit sans véritable préparation, dans une urgence créée de toute pièce. Il n’y avait pas en effet, contrairement à ce qui a été prétendu par M Lefrand à l’époque, d’obligation légale de se réunir, ni pour la communauté de commune, ni pour la communauté d’agglomération.

On aurait pu prendre le temps de définir un projet bien structuré, de se positionner par exemple par rapport à la région parisienne, par rapport à l’axe seine, et dans le contexte d’une réindustrialisation nationale dont on commençait à mesurer l’urgence etc.

On aurait pu prendre le temps de regarder les conséquences sur la fiscalité de cette fusion, sur l’harmonisation des services, de leur amplitude et de leur coût. Mais on a fusionné d’abord et regardé, voire découvert, les conséquences ensuite.

EPN s’est construite finalement avec un amateurisme désolant. Et cela pèse aujourd’hui sur son fonctionnement. Cela explique sans doute aussi un état des finances lié pour partie au flou dans ce qui constitue « l’intérêt communautaire », intérêt qui doit présider à la dépense.

Il y a aujourd’hui un énorme travail à faire pour en arriver à un projet de territoire largement partagé. Les contraintes budgétaires y poussent fortement. Et puis additionner des communes dans un même territoire sans esquisser avec elles les contours d'un destin commun n’aurait pas grand sens.

Ce travail ne sera fructueux en revanche que si le débat n’est pas verrouillé par une majorité qui, pour se maintenir, n’hésiterait pas à devenir clanique. Et j'avoue que la succession des votes pour constituer le bureau communautaire au début du mois d'avril, qui, je te le rappelle au passage, n'a laissé qu'une vice-présidence sur quinze à une femme, m'a rendu bien perplexe à cet égard.

Attendons de voir. Le premier vrai conseil, je veux dire celui qui délibérera sur d’autres sujets que lui-même,  se tient mardi et il méritera sans doute d’être observé de cet angle de vue aussi.

Bien à toi

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