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Chassez le naturel ...

Ma chère Elise,

Je n’ai pas pris le temps de beaucoup t’écrire en ce mois de mai. 

C’est qu’il me fallait reprendre tout ce que j’avais négligé durant la campagne électorale et les sujets ne manquaient pas.

Cela n’a pas empêché que je participe à quelques événements, comme la réunion qu’organisait la semaine dernière le Préfet à propos des enjeux de pollution sur le site des anciennes fonderies de Navarre. Un sujet d’inquiétude, mais une mécanique qui se met enfin en marche et qui permettra d’y voir un peu plus clair sur de possibles risques sanitaires. 

Dommage que cela n’arrive que maintenant. La collectivité aurait été bien avisée, comme je l’avais alors suggéré, d’acquérir dès 2004 par le truchement de L’Etablissement Foncier de Normandie  la friche que laissait la fermeture des usines.

J’ai fait également une apparition, sous la canicule amplifiée par la réverbération sur la pierre, à la fête de la fraternité, place du général de Gaulle. Je n’y suis pas resté longtemps, écrasé par la chaleur, et j’admire celles et ceux qui, engagés sur les stands, ont assuré l’accueil et les animations la journée entière.

J’allais reprendre mon vélo et regagner la fraîcheur relative des arbres de mon jardin quand j’ai croisé un couple que je connaissais bien, elle vêtue d’une élégante combinaison-pantalon et lui en complet cravate.

- Vous avez du courage par ce temps, leur ai-je lancé en souriant. 

Puis, réalisant que nous étions devant la mairie et que nous étions samedi, je leur ai demandé s’ils allaient à un mariage

- Vous ne savez pas, m’ont-ils répondu ? Nous officialisons aujourd’hui nos noces d’or. On pensait que tout le conseil municipal était informé. C’est que c’est le maire qui préside la cérémonie.

J’ai dû leur dire que je ne savais pas et que les conseillers municipaux des groupes minoritaires n’étaient invités à aucune autre cérémonie que les cérémonies patriotiques, que nous apprenions les inaugurations et autres manifestations après coup, par la presse ou dans les réseaux sociaux, et que les relations majorité-minorité étaient limitées au strict nécessaire.

Vendredi prochain, Elise,  je participerai pourtant à un groupe de travail organisé par le cabinet et qui doit dépoussiérer le règlement intérieur du conseil municipal. Ce dépoussiérage est une obligation légale. Le nouveau règlement doit être voté dans les six mois qui suivent le conseil. C’est important, dans le contexte que je t'ai décrit, puisqu’il définit en définitive le cadre dans lequel s’inscrivent les relations majorité-minorité. J’insisterai, tu l’imagines bien, sur la nécessité d’instaurer des moments de dialogue.

J’insisterai aussi sur ce non-sens que constitue cette forme d’ostracisme qui, nous oubliant à chaque manifestation où est engagée la municipalité, voudrait nous ôter toute visibilité entre deux trop rares conseils municipaux. Ou encore celui qui fait que lorsqu’une de mes colistières adresse le 15 avril un message à un adjoint où elle demande à consulter un dossier municipal , elle reçoit fin mai un message lui indiquant que la réorganisation du service complique la réponse à sa demande. Le maire avait pourtant affirmé en conseil municipal que l’accès aux dossiers nous était totalement ouvert et qu’il suffisait qu’on demande aux services … Je m’étais d’ailleurs étonné de la simplicité de la procédure qu'il indiquait et la lui avait fait répéter.

Cet ostracisme, stupide de façon générale, est de surcroît totalement insupportable dans le contexte de la quadrangulaire du second tour de l’élection où moins de 20% des Ebroïciens seulement ont explicitement reconduit l’équipe actuelle. Jamais notre cité - et par contrecoup notre agglomération - n’ont eu autant besoin des outils d’une démocratie participative. Jamais au-delà de la plus élémentaire des courtoisies républicaines, le respect des minorités par la majorité municipale ne s’était encore imposé à ce point.

J’avais cru entendre lors du conseil municipal d’installation que le Maire n’était pas insensible à l'argument. Les deux mois qui viennent de s’écouler semblent le démentir.

J’attends avec impatience le fameux groupe de travail de ce vendredi, même si c'est sans grande illusion .

Comme me le disait en effet, à propos du fonctionnement de la "nouvelle" municipalité, une habitante de Navarre que j'ai croisée il y a quelques jours sur le chemin qui borde l'Iton le long du stade Jean Bouin : "chassez le naturel ..."

Bien à toi

 

Lettre adressée au Maire d'Evreux fin mai 2004 à propos des usines de Navarre

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