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Derrière la façade... Petit voyage dans l'école de mon enfance

Ma chère Elise,

Je reviens d’un pèlerinage laïc sur les chemins de mon enfance, d’un voyage nostalgique sur les lieux où j’ai vécu mes premières années, en commençant par mon village natal, dans le Pays Haut.

J’ai laissé ma voiture à l’entrée, près du cimetière où reposent mes grands-parents, et je me suis perdu dans les méandres d’un lotissement venu s’enraciner sur nos chemins buissonniers, et qui m’a mené jusqu’à mon école, celle que j’ai quittée à dix-ans, poussé par mon maître qui me recommandait d’entrer au lycée.

C’était un maître à l’ancienne, un hussard comme savaient les former les Ecoles Normales d’autrefois, et qui, au-delà des dictées, du calcul mental et des leçons de choses, m’a donné le goût de lire, celui de l’observation et celui d’une solide morale laïque. 

Que l’on soit de ces enfants de Lorrain, d’Italien, de Polonais ou d’Algérien que l’usine avait rassemblés là, c’était une évidence pour lui que nous avions vocation à devenir les citoyens d’une même République dont nous devions partager les valeurs, et qu'il devait nous y préparer.

Un jour le village l’a choisi pour être son maire et il l’est resté durant vingt-quatre ans. C’est dire qu’il était reconnu. C’est dire aussi que le lien était fort entre la République et son Ecole. 

Mon école de Mexy n’est plus tout à fait la même aujourd’hui. Sa façade n’a pas changé mais, lorsque j’y suis entré, je n’y ai rien reconnu à l’exception des hautes fenêtres que je franchissais souvent en rêve, et des enfants qui ressemblaient à ceux d’autrefois.

Je crains que ce ne soit le cas de l’Ecole dans son entier et, qu’en particulier, le lien qui l’unissait à la République ne se soit distendu. D’abord parce que, devenant plus complexe, elle a perdu beaucoup de son ancrage local. Et probablement aussi parce que la République a choisi, au grand dam des enseignants, de lui donner pour mission première de répondre aux besoins de l’économie plutôt que d’ouvrir les esprits et continuer ainsi son combat vieux de plus d’un siècle contre l’obscurantisme. Peut-être même certains élus n’ont-ils plus voulu y voir qu’une ligne de dépenses qu’il fallait rationnaliser et contraindre… D’autant plus facilement que cela ne toucherait pas les élites pour qui prospèrent des établissements privés, voire des établissements publics qui se “privatisent”. 

Mais lorsque l’obscurantisme revient en force et qu’on a laissé se déliter la laïcité à l’école, ou même d'ailleurs dans le tissu associatif, il est plus difficile de lui résister.

Ses tueurs ont assassiné un enseignant dans un lycée d'Arras ce vendredi, et ils ont blessé deux autres personnes.

Lui se nommait Dominique Bernard et il était largement apprécié et respecté. Ses qualités d'homme et d'enseignant, sa culture et son militantisme, tels qu’on les rapporte, me rappellent mon instituteur d’autrefois. J'imagine la stupeur et la douleur effroyable de ses proches.

Et ce n’est pas par hasard que les tueurs de l’obscurantisme s’en prennent aux enseignants et à l’Ecole. Ils veulent les terroriser, les empêcher de continuer d’ouvrir les esprits et de porter des valeurs dont ils ne veulent pas.

C'est aujourd'hui un devoir pour nous tous, simples citoyens ou élus, de défendre les enseignants et de renforcer l’Ecole républicaine. La République doit se souvenir en effet qu’elle ne peut se passer d’elle, sauf à accepter que les obscurantismes de tous poils ne s’engouffrent dans la brèche de plus en plus large qui s’est ouverte entre les élites et le peuple.

Et je crois bien que cela a déjà commencé ma chère Elise.

Il faut évidemment des mesures d’urgence qui protègent l'Ecole et ses enseignants. Mais il est besoin aussi de politiques de long terme, à commencer par une clarification des missions que lui assigne la Nation, par une formation des enseignants qui soit en résonance avec elles, et par l’affirmation ferme de sa laïcité. Tout cela coûtera et il ne faudra pas mégoter sur les moyens.

Il importe en effet, parce qu'elles dépendent l'une de l'autre, que se renouvelle le lien de l’Ecole avec la République avant qu’il ne soit trop tard et que l’on s’aperçoive soudain qu’à force de s’être éloignées l’une de l’autre elles ne sont plus, l'une et l'autre, que des façades. 

Bien à toi

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C
Nous partageons les mêmes valeurs. Merci pour cette vision de l'école dont nous espérons qu'elle reviendra au cœur de notre société republicaine. Nos enfants sont l'avenir de notre pays et nous en sommes collectivement tous responsables.
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