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Brèves ou ... postures de conseil

Ma chère Elise,

Le conseil municipal était plus calme que je ne l’avais imaginé. Était-ce l’effet des caméras qui enregistraient nos débats et de toutes ces personnes qui nous regardaient dans quelques foyers de la ville et que nous ne pouvions qu’imaginer ?  

Était-ce le début d’une campagne électorale que l’on espérait recommencer bientôt et qui obligeait à se tenir, mieux qu’on ne l’avait fait jusque-là ?

En tout cas, même si les fleurets n’étaient pas mouchetés, le sang n’a pas coulé.

Pour ma part, j’avais oublié les caméras et je ne suis pas bien sûr que nous ayons à refaire l’élection.

J’ai continué à n’être que moi-même, sans me donner de personnage à jouer.

Sur un hypothétique retour aux urnes de nos concitoyens, nous en saurons davantage demain, ou d’ici quelques mois si l’un ou l’autre des protagonistes fait appel de la décision du Tribunal Administratif en conseil d’état. Il sera toujours temps alors de prendre des postures.

Et puis, il y avait suffisamment à débattre dans ce conseil pour que l’on y travaille sérieusement.

Était évoquée par exemple l’expérimentation de la semaine en quatre jours pour les personnels, et qui semble avoir suscité l’intérêt de leurs représentants. J’ai salué cette démarche tout en demandant que l’on n’en oublie pas le télétravail qu’il faut accepter partout où on le peut – prix des carburants oblige- sans bien sûr nuire au service public et, particulièrement, à l’accueil du public. J’ai également demandé que l’on réfléchisse à des aides pour les personnels qui ne peuvent télétravailler et qui n’ont d’autre choix que venir en voiture.

Était évoquée également une décision modificative budgétaire dans laquelle sont soudain provisionnés pour risques 1,5 millions d’euros. Ce n’est pas rien et cela manquera pour financer les chantiers en cours. Bloquer 1,5 millions obligera à recourir à l’emprunt pour payer les factures d’investissement.

Mais quels étaient ces fameux risques que l’on provisionnait. En commission des finances j’ai interrogé monsieur Rouger qui la préside et n’en ai obtenu que des réponses évasives, soit qu’il ait cru avoir besoin d’une autorisation du ciel pour répondre, soit qu’il ne se soit pas préoccupé plus que cela de ce million cinq et qu’il n’en sache pas lui-même le détail.

Ce n’est que lorsque la question a de nouveau été posée en séance plénière que nous avons obtenu la réponse, largement commentée ensuite par les uns et les autres. On provisionne un million pour payer, si besoin, les factures en souffrance du dernier festival rock.

Tu te souviens sans doute Elise que l’association qui en avait la charge avait voulu jeter l’éponge lorsqu’elle avait mesuré le déficit probable auquel elle serait confrontée. Il semblerait que le maire lui avait écrit, s’engageant à la soutenir, et que cela avait été déterminant dans le maintien du festival.  

Vrai ou faux, je n’en sais rien. Le juge décidera et je lui fais confiance. Mais que l’on provisionne aujourd’hui ce million laisse entendre que la ville craint d’être condamnée à régler la facture.

Il y avait bien d’autres sujets encore. Je voudrais m’arrêter sur un dernier, très technique, trop technique peut-être, sur un loup que j’ai peut-être levé. Et que je crois bien être seul à avoir levé, même si ensuite d’autres orateurs se sont engouffrés dans la berge.. . le débat

 La ville et l’agglomération ont constitué une SPL (société publique locale) Il s’agit d’une société créée avec des capitaux exclusivement publics (ville et agglo) et dont la vocation est d’être le bras armé de la collectivité pour des opérations d’aménagement comme l’espace Saint-Louis ou le pôle gare …

La ville et l’agglo peuvent lui déléguer la maîtrise d’ouvrage de ces projets sans mise en concurrence. C’est un dispositif qui a l'avantage de la souplesse.

Mais voilà, cette SPL en réalité n’est qu’une coquille vide qui ne dispose d’aucun personnel, d’aucun moyen opérationnel… juste un conseil d’administration qui se réunit une fois l’an.

Pour assurer les maîtrises d’ouvrage qu’on lui confie, elle a passé un marché, après mise en concurrence bien entendu, avec une SEM (société d’économie mixte) d’aménagement régional (la SHEMA), qui assure de A à Z toutes les opérations confiées à la SPL. C’est au point que pour le dossier pôle gare par exemple, qui lie contractuellement l’agglomération et la SPL, le RIB fourni pour les versements est celui de la SHEMA.

Or la SHEMA est une Société d’Economie Mixte, c’est-à-dire composée de capitaux publics et privés. En tant que telle, elle est soumise aux règles de la concurrence, et ne pourrait accéder aussi directement aux projets confiés par la collectivité sans « l’écran » de la SPL.

J’imagine, ma chère Elise que tu vois où le bât blesse. Lorsque la collectivité confie la maîtrise d’ouvrage du pôle gare à la SPL, sans la mettre préalablement en concurrence puisque les SPL en sont dispensées, elle la confie en réalité à la SHEMA qui, elle, aurait dû être mise en concurrence.

Je t’avoue Elise que si j'ai évoqué cela, d’abord dans le secret de la commission des finances, puis en séance parce que les réponses que j’avais obtenues ne me satisfaisaient pas, c'est parce que je souhaite que l’on sécurise ce dispositif. Un contentieux là-dessus, toujours possible, risquerait en effet de ralentir les projets en cours. Et ce n’est bon pour personne et surtout pas les Ebroïciens

Loin de moi l’idée d’en faire l’argument d’une campagne électorale qui d’ailleurs ne se fera peut-être pas. D’autres groupes d’opposition n’ont manifestement pas la même lecture, ni les mêmes pudeurs.

 Ils ont souligné et soulignent dans un extrait vidéo  très au point - je salue la technique- que monsieur Lefrand est en même temps le « chef » des deux collectivités et le président de la fameuse SHEMA, suggérant ainsi une volonté d’accaparer les marchés publics.

 Je leur laisse la paternité du propos.

L'urgent pour moi est que, s'il est vraiment besoin, on sécurise le dispositif et que les chantiers avancent.

En ce qui me concerne, je préfère le débat d’idées et je veux continuer de porter les miennes, les nôtres, de les défendre pied à pied. J’ai, avec mes amis d’Evreux en commun une vision de la ville et de l’agglomération, une vision de leur gouvernance, peu compatible avec celles des majorités en place ... et de quelques minorités aussi. Ces visions, je les soumets au débat, je les défends. Et parfois - trop rarement malheureusement-  je suis entendu, nous sommes entendus.

Je veux agir, Elise, dans la mesure de mes moyens et toujours avec conviction, pour nos territoires… et avant tout pour nos concitoyennes et concitoyens sans lesquels un territoire n’aurait pas grand sens.

Bien à toi

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