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Une gauche unie ?

Ma chère Elise,

Je suis stupéfait de ce mauvais procès que l’on fait depuis deux jours à Anne Hidalgo. Elle demande une primaire à gauche dont elle n’avait pas voulu il y a quelques mois. Et alors !

N’est-il pas sain de se remettre en cause quand les événements nous indiquent que l’on s’est engagé sur un mauvais chemin ? Aurait-il mieux valu qu’elle poursuive sa route tout droit, le regard engoncé dans de larges œillères, comme le font d’autres candidats ? Ou qu’elle s’asseye sur le talus et attende une hypothétique voiture balai ?

Elle a préféré prendre ses responsabilités et mettre les autres candidats de la Gauche devant les leurs. Et je parle bien de La Gauche, et non pas des gauches. Bien sûr que les stratégies des gauches diffèrent pour atteindre « l’inaccessible étoile ». Il en est qui parient sur des évolutions tranquilles, même s’il faut hâter le pas, quand d’autres ne croient qu’en la révolution. Mais ce qui les rassemble tous, n’est-ce pas au minimum la conviction qu’on ne peut pas continuer à creuser ce fossé qui s’élargit de jour en jour entre d’insolentes fortunes et d’effroyables misères. Qu’on ne peut pas davantage creuser cet autre fossé entre le produit du travail et le produit du capital. Que la solidarité est une nécessité puisque l’Homme, seul, ne pourrait tout juste que survivre, et encore pas longtemps. Et que cette faiblesse devient noblesse quand l’Humanité est solidaire.  La conviction aussi qu’on ne peut pas continuer à laisser croire que la misère n’est que la faute des miséreux et que ce sont tous des tricheurs. Ni que, si les ressources de la planète sont dilapidées au profit de quelques-uns et pour le plus grand malheur des générations à venir, ce ne serait pas grave … Les générations à venir trouveront bien à piller d’autres ressources sur Mars ou ailleurs… Et puis piller la planète, ça fait de l’emploi !

Je caricature ma chère Elise, je le sais. Et ce ne sont que bons sentiments, bisounourseries, comme me le dirait et me le dira sans doute une amie très chère.

Mais derrière la caricature, il y a tout de même un peu de réalité. Et cette réalité, Anne Hidalgo vient de la traduire en actes dans le contexte bien particulier de sa course à la présidentielle.

J’entends que certains auraient préféré qu’elle retire purement et simplement sa candidature. Mais à quoi bon si tous les autres restent convaincus qu’il n’est de chemin pour la Gauche et pour la France que le leur et qu’ils campent dans la division ?

Son invitation à une primaire ne revient elle pas en définitive à un retrait puisqu’elle n’a manifestement aucune chance de la gagner. Mais sous cette forme, c'est un retrait bien particulier et qui sera fécond parce qu’il oblige les autres à chercher les compromis qui permettent une candidature unique de la Gauche et qu’il peut alimenter un débat Gauche-Droite renouvelé.

C’est que la désunion de la gauche laisse aujourd’hui le champ libre et un quasi- monopole de parole à toutes les déclinaisons de la Droite, de celle molle ou plutôt sournoise de la macronie, à celle plus avant-guerre des Zemmour et compagnie, en passant par la  traditionnelle et assumée de madame Pécresse.

La France est à droite, nous dit-on, mais n’est-ce pas parce que les gauches divisées en deviennent inaudibles et ne lui laissent donc pas d’autre choix ?

J’entends que tout cela est la faute du Parti Socialiste qui, en son temps, aurait trahi le peuple de gauche. C’est sans doute en partie vrai ma chère Elise. Il était devenu trop grand, trop sûr de lui, trop « attrape-tout ».  Mais ne faut-il pas reconnaître aussi que ceux qui le tiraient nettement à droite, et n’étaient là pour certains que par opportunité électorale, ont depuis belle lurette écouté les sirènes de la macronie, y rejoignant sans grands états d’âmes leurs nouveaux amis issus du Parti des Républicains. Et ils ont donc rompu aujourd’hui avec le parti socialiste.

 Olivier Faure, pour sa part, est resté.  Et il a fait campagne jusqu’au bout avec le candidat du PS d’alors.  J’ai le souvenir personnel d’une réunion publique à Sotteville-lès-Rouen où il était venu défendre avec ardeur la candidature et le programme de Benoît Hamon, quand d’autres caciques du Parti s’étaient débinés depuis longtemps.

J’entends d’autres voix qui disent qu’il est trop tard, que l’élection est trop proche.

C’est vrai qu’elle est proche. Mais il est non moins vrai que les gauches, en l’état, ne peuvent faire entendre que leur cacophonie, et encore … juste le temps d’un premier tour.  Alors il n’est pas d’autre choix que refuser qu’elles restent en l’état. C’est aussi simple que cela.

Mais il paraît que certains se disent aujourd’hui que c’est foutu de toutes façons et qu’il vaut mieux prendre position pour la prochaine fois et s’employer à conquérir le leadership.

N'est-ce pas une tactique bien risquée quand nul ne peut dire ce que sera la prochaine fois, ni peut-être même quand elle sera.

J’ai entendu en effet un candidat - Et tout le monde a pu l’entendre - parler de s’asseoir sur les avis du conseil constitutionnel, laissant entendre en filigrane que le suffrage universel qui le porterait au pouvoir lui donnerait une légitimité au moins aussi importante que la constitution. Cela m’a laissé un peu rêveur s’agissant d’un candidat qui fait partie, d’après les sondages, de ceux qu’on pourrait bien retrouver au second tour.

La France en est malheureusement là, revenue à des démons d’avant-guerre. Et les gauches préfèrent se voiler la face et lutter pour savoir qui sera le moins mauvais au premier tour de l’élection présidentielle. Alors, même si elle vient tard, je salue, moi, l’initiative d’Anne Hidalgo. Et j’espère que l’ambiance un peu plus légère des fêtes de fin d’année aidera à la construction rapide de compromis qui soient féconds pour la Gauche et pour le peuple qui saura s’y retrouver.

Que veux-tu ma chère Elise, même à mon âge, J’ai encore envie de croire au Père Noël. Mais ne sommes nous pas très nombreux dans ce cas !

Bien à toi

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Voir la lettre présidentielle de Mediapart GAUCHES ET PRIMAIRE : LA MACHINE A TARIR


Par Stéphane Alliès

À Mediapart, depuis notre création, on ne commande ni ne commente les sondages. Et cela fait longtemps qu’à gauche, les impétrants à la candidature présidentielle seraient avisés d’en faire de même. Plutôt que de s’organiser bien en amont, chacun et chacune a préféré jouer sa partition solo, en espérant que les opinions fabriquées les départageraient. Et voici que devant le constat d’échec, certains cherchent désormais à improviser une primaire à moins de cinq mois du premier tour.

Cette semaine, après avoir été snobée par l’ensemble des appareils de gauche, l’expérience de la « primaire populaire » est en effet sollicitée comme dernier recours par Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg. Il y a 20 ans, ce dernier écrivait La Machine à trahir, où il remettait en cause la Ve République, sa professionnalisation et sa personnalisation du pouvoir. À cette nécrose institutionnelle, s’est ajouté depuis le lent délitement des organisations politiques, incapables d’installer dans le temps l’outil démocratique de la primaire citoyenne, à force de cynisme et de mépris de ses règles.

Pour cette présidentielle, les candidats d’une gauche moribonde se sont fait investir dans de petits cénacles, loin des millions de sympathisants qui ont pu se rendre aux urnes primaires dans le passé. Hidalgo ? 22 000 adhérents en congrès. Jadot ? 120 000 électeurs par Internet. Roussel ? 30 000 votants en congrès. Mélenchon ? Il avait fixé lui-même un seuil à 150 000 parrainages citoyens. Montebourg ? Auto-désigné, tout simplement.

La primaire est sans doute le pire des systèmes de sélection, à l’exception de tous les autres. Mais elle doit être un point de départ, et non d’arrivée. Un outil unitaire qui crée une dynamique en renouvelant les scénarios mythologiques du rassemblement de la gauche, plurielle, de programme commun ou de front populaire. Sans sincérité rénovatrice ni organisation préalable d’une plateforme programmatique, la démarche ne peut être que vaine. Prise au sérieux, une telle primaire ouverte se prépare et crée une dynamique. Improvisée ou instrumentalisée, elle ne réparera rien des maux de la gauche.

La machine à trahir est devenue machine à tarir, les espoirs comme les désirs d’unité. Selon la définition du dictionnaire, « une conversation tarit quand elle s’arrête parce qu’on n’a plus rien à se dire ». La conversation du peuple de gauche avec ses élites politiques, son lien avec la société mobilisée et la démocratie sociale, en est là.
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