21 Octobre 2026
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Ma chère Elise,
Si j’en crois les photographies sur les réseaux sociaux et dans la presse, y avait bien peu de monde lundi 13h, place du Général de Gaulle. Bien peu de monde à écouter le Maire condamner, à l’appel de l’AMF, les violences de ce 17 octobre.
Je n’étais pas présent pour ma part, parce que je n’étais pas disponible à ce moment-là.
Je l'étais en revanche parmi les manifestants au rendez-vous du Bel Ebat samedi. Je tenais à marquer ma solidarité avec celles et ceux qui n’en peuvent plus de la violence du quotidien, de l’injustice criante de nos sociétés où l’explosion des précarités est corollaire de l’opulence de fortunes qui croissent jusqu’à l’indécence.
Le cortège, que je n’ai accompagné qu’à son début, a parcouru les rues dans le calme, à la différence d’autres villes où des groupes en périphérie des manifestations ont saccagé, pillé, brûlé.
Comme tout un chacun Elise, je suis ulcéré et scandalisé par ces débordements, ces dévastations que l’on a vu sur nos écrans et qui étaient le fait d’autres acteurs que celles et ceux qui sont venus marcher ensemble pour exprimer des craintes et des revendications légitimes.
Ces violences, ces scènes de pillage, ces destructions de notre patrimoine commun sont inacceptables et elles n’ont pas grand chose à voir avec le “désir d’avenir” de notre jeunesse (tant pis si je m’approprie la formule d’un personnage politique avec lequel je ne me sens plus trop d’affinités), ni avec les revendications de celles et ceux qui ne demandent qu’à vivre convenablement, y compris après le 15 du mois, et qui n’y parviennent plus.
Si j’avais été disponible lundi, je serais venu volontiers Place du Général de Gaulle pour souligner le dégoût que m’inspirent ces violences.
J'y aurais attendu une parole qui les condamne fermement et qui soit solidaire de toutes les victimes, commerçants, manifestants, forces de l’ordre …
Mais cette parole, j’aurais voulu aussi qu'elle écoute et qu’elle se fasse l’écho du mal être de celles et ceux qui n’en peuvent plus de la vie chère, de la précarité, de celles et ceux qu’un certain appelait “ceux qui ne sont rien”, et qui n‘ont plus d’horizon. C’était d’autant plus nécessaire que le fracas des pillages et des destructions a étouffé leur voix.
J’ai cru comprendre pourtant que ce jour-là, Place du général de Gaulle, on n’aura guère entendu que condamnations, et stigmatisation d’une gauche radicale qui serait à la manoeuvre et qui armerait le bras des casseurs.
Il est toujours plus facile de rassembler contre, même si c’est un bouc émissaire que l’on a créé de toutes pièces, et même si on a soutenu des politiques qui rendent plus délétère que jamais le climat social.
C’est que l’on attend toujours, après dix ans, les effets du “ruissellement” macronien des richesses de ceux à qui on a fait des cadeaux royaux. En réalité, les fortunés sont aujourd’hui plus fortunés que jamais, et les précaires plus précaires.
Il est facile de rassembler contre, mais beaucoup moins de rassembler pour, de rassembler autour de la construction d’un projet, de tenter de dessiner à plusieurs mains un horizon commun, accepté de tous parce que plus juste.
J'y suis très attentif , Elise, en ces moments d’élections nationales, lorsque j'en écoute les candidats. Je le suis également quand il s'agit de ma cité.
Bien à toi