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Tablemots

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Tableaux de mots, mots en tableaux, c'est le blog de Sogsine... D'abord de l'écriture en forme de nouvelles ou de poèmes. Et puis, en pointillés, quelques échos d'une petite ville de province ... ou parfois d'ailleurs et que je signe de mon nom, Gérard Silighini... Gérard et Sogsine, deux facettes d'une même personne


Lettre à Elise, Un sourire toutes dents devant

Publié par Gérard Silighini sur 29 Janvier 2020, 00:44am

Catégories : #, blog, #Blog... Petite chronique ébroïcienne, #lettres à Elise

Très chère Elise,

Lors des cantonales de 2004, un peintre de ma connaissance m’avait demandé de lui confier deux exemplaires d’une de mes affiches noir et blanc. Pour la première fois, j’y arborais un sourire toutes dents découvertes, ce qui est très rare de ma part tu le sais. Il me les avait rendues quelques semaines plus tard, transformées  en deux portraits très différents qu'il avait je crois exposés un temps. Le  choix des couleurs qu'il y avait ajoutées suggérait plutôt l’empathie pour l’un des sourires quand l’autre se montrait bien plus inquiétant.

« Savez-vous, m’avait-il alors dit, que chez les primates, le sourire qui découvre les dents supérieures affirme  l’intention de ne pas mordre... Un mélange de peur et de soumission en quelque sorte. »

Monsieur Guy, toutes dents dehors sur la couverture du bilan qu’il a fait distribuer dans les boites aux lettres n’a évidemment rien d’un primate. Pas plus que les autres candidats,  ou moi-même, je l’espère, sur mon ancienne affiche. Mais à trop montrer les dents, il en ferme tellement les yeux, qu’à demi aveuglé il finit par ne pas voir qu’il mord parfois … dans les bilans de ses petits camarades.

 C’est ainsi qu’il s’attribue des créations d’entreprises, des créations d’emplois, des créations de filières universitaires, des renouvellements de wagons ou l’entretien des voies ferrées, la rénovation de logements sociaux ou d’excellents résultats pour les clubs sportifs de la ville … et que sais-je encore.  Je m'en suis demandé s'il ne fallait pas aussi lui attribuer la profusion de fruits que donne mon poirier…

Avant lui, il n’y avait rien ou  ce n’étaient que carences et atermoiements. Depuis lui, « tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ».

Sans lui, il n’y aurait rien. Ni l’Etat, ni la Région, ni le Département, ni les bailleurs sociaux, ni les sportifs,  ni les Ebroïciens eux-mêmes... Ni mon poirier, n’auraient rien fait… Sans lui, c’était au mieux le vide, au pire le chaos.

C’est qu’il est comme cela monsieur Guy. Excessif.

Tu l’avais noté ma chère Elise lorsque tu es venue assister au spectacle souvent affligeant  de conseils municipaux où il traitait Timour Veyri , son principal opposant, à grands coups d'un mépris caricatural, travestissant ses arguments, l'accusant de ne pas aimer Evreux et autres balivernes.

Est-ce vraiment de la mauvaise foi? Je n'en suis pas sûr, et s'il réécrit autour de sa personne tout le Roman municipal comme d’autres ont parfois réécrit le Roman national, peut-être est-ce seulement que son sourire toutes dents dehors lui ferme tant les yeux qu’à demi aveuglé il se voit contraint à un propos très approximatif.

Ainsi en est-il par exemple de son discours sur la dette. Il publie un graphique destiné à  donner l'impression que ses prédécesseurs l'ont augmentée de façon effrayante quand, lui, l’aurait réduite de façon presque miraculeuse.  5,1 millions de baisse affichée , ce n’est en effet pas rien !

Pas si simple pourtant . Le graphique s'équilibre en effet autour de l'année 2014 qu’il pose comme année charnière. Mais 2014 est l'année  du premier budget de monsieur Guy. Et entre 2013 (dernier budget de la municipalité précédente) et 2014, la dette augmente de 3 millions. La baisse dont il aurait donc la paternité n’est plus alors, au mieux, que de 2 millions… Et au pire elle se traduira peut-être même par une hausse... que pourraient bien révéler les chiffres de 2019 qui ne sont pas encore publiés.

A demi-aveuglé par son sourire toutes dents devant, le voilà donc qui nous aveuglerait et ferait prendre a un lecteur inattentif des vessies pour des lanternes.

Il met également en exergue la baisse très forte des dépenses de fonctionnement en 2018. Certes, elles baissent à Évreux de 12 Millions d'euros, ce qui n’est pas rien. Mais dans le même temps, celles de l’agglomération augmentent de 15 Millions. Transferts de compétences et mutualisations obligent ! Là encore, il faut nuancer le propos. Ce n'est pas si simple. Il y a bel et bien une baisse mais bien plus limitée qu'il n'y paraît, et surtout dans le contexte d’un bouleversement du périmètre des compétences… Et des lieux de décision pour ce qui concerne une partie du quotidien des Ebroïciens... Cela n'est pas sans conséquences,  mais il se garde bien de l'évoquer.

Sur un autre registre, il s’attribue le festival Rock ’in Evreux, mais ne dit pas qu’il a d’abord étouffé le Rock dans tous ses états et qu’il a bien des difficultés à fournir des chiffres fiables sur le coût de son nouveau festival qu’il qualifie, lui, de « de plus en plus ouvert » quand d’autres le qualifient plutôt de « de plus en plus privé, hors sol … et coûteux ».  Quant à la « salle de concert accueillant des artistes internationaux » dont il chante la louange, il s’agit sans doute de la SMAC , qui n'est d'ailleurs toujours pas labellisée en tant que telle. Il en avait pourtant dit pis que pendre, il avait juré qu'il arrêterait le chantier... Bref elle s’est construite malgré lui, qui aujourd'hui l'encense. Une belle palinodie, tu en conviendras.

Je ne vais pas, ma chère Élise continuer de te conter par le menu ce bilan aussi fouillis qu’imprécis que distribue monsieur Guy.  Il y aurait tant à en redire qu’une journée d'écriture  ne me suffirait pas.  Je préfère te l’adresser en même temps que ma lettre, te laisser te forger un avis dont j'espère que tu me feras part et revenir à mon propos initial: la saga du sourire toutes dents devant. 

 Monsieur Guy nous offre en fait dans son tract, non pas un, mais deux portraits de lui.  Si le sourire de la couverture peut suggérer l’empathie, je l’admets bien volontiers, celui de la page 19 qui clôt la brochure paraît artificiel, presque contraint et il en devient inquiétant. Ce n’est pourtant pas un peintre qui en aura cette fois modifié les couleurs. C’est juste, je le crains, que ce dernier portrait arrive à la fin d’un bilan dont tu mesureras comme moi les limites et les exagérations. Et ces dix-neuf pages exaspérantes d’approximations que nous sert monsieur Guy influencent sans doute la lecture de son dernier sourire et ne peuvent que nous inquiéter.

Bien à toi

 

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