18 Juillet 2025
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Ma chère Elise,
Que te dire des propositions de monsieur Bayrou pour réduire la dette abyssale de la France, sinon qu’elles ne m’étonnent pas et qu’elles sont conformes au personnage et à la majorité qu’il représente. Elles sont injustes et s’en prennent aux plus modestes beaucoup plus qu’aux grandes fortunes. Elles vont dans le sens de ce à quoi conduit depuis 2017 le fameux « En même temps » de monsieur Macron, c’est-à-dire le creusement des inégalités.
Les justifications données, et reprises ou complétées par les membres de la majorité sont pour le moins discutables, et elles éludent quelques questions pourtant essentielles. La première tient en une phrase simple : D’où vient cette dette ? La réponse paraît évidente, et monsieur Bayrou se veut en cela porteur de vérité : La France vivrait au-dessus de ses moyens.
Ce qui est arithmétiquement incontestable, c’est que, depuis 1974, ses comptes affichent un déficit constant et de plus en plus lourd. Est-ce pour autant que la France, dans son entier, vivrait au-dessus de ses moyens, comme semble l’indiquer l’universalité du traitement que propose le premier ministre. Il ne pose en effet pas clairement la question des politiques publiques qui conduisent au déficit. Il ne souligne pas les dépenses accessoires voire inutiles qui peut-être grèveraient le budget, ni les manques à gagner en recette. Quel est par exemple l’impact budgétaire réel, mais aussi l’efficacité de ce que d’aucuns appellent des cadeaux faits aux entreprises ?
Alors, pour tenter d’obtenir les faveurs de l’opinion publique, il joue les bateleurs. Les économies, tout le monde doit y participer, y compris l’Etat qui prendra sa part dans l’effort collectif.
Si réduire le train de vie de l’Etat se limitait à annuler quelques banquets et à traquer quelques privilèges, comme sans doute il espère qu’on le croit, ce serait défendable. Mais je crains qu’il n’y ait derrière ce propos, une escroquerie intellectuelle. C’est en réalité la voilure du service public que l’on va encore réduire. Et le service public, c’est la richesse de ceux qui n’en ont pas d’autre. En réduire la voilure, c’est faire payer une seconde fois ceux qui doivent accepter les salaires les plus bas ou qui en sont réduits à survivre avec les minima sociaux, et que l’on stigmatise volontiers, comme si le déficit de la France, c’était leur faute.
Et puis on va travailler davantage. Produire davantage de richesse ! Et il propose de supprimer deux jours fériés. Rendez-vous compte, nous dit-il. Les Allemands travaillent plus que nous. Cent heures par travailleur, ajoute même madame de Montchalin. Mais les statistiques ont leurs subtilités et le propos ne résiste pas à l’analyse. Je te renvoie Elise sur cet article de France Info qui le décrit très bien.
Travailler plus, après tout, pourquoi pas, mais pour quoi faire ? S’il s’agit par exemple de construire des logements ou d’en rénover pour les mal-logés, cela a du sens. Mais travailler, et contribuer à épuiser plus rapidement les ressources en énergie et en matières premières, pour fabriquer de l’accessoire, fabriquer plus de montres et de sacs de luxe par exemple, quel sens cela a-t-il ? Et faut-il aider, à grand coup d’argent public, des entreprises qui ne participent pas à l’essentiel, juste pour développer l’emploi ?
Je n’ai pas lu, dans le propos du premier ministre, de vision politique, ni de volonté d’un véritable changement, d’une sorte de révolution culturelle. Je n’y ai lu que la mécanique d’une arithmétique sans véritable projet. Le gouvernement par le centre que préconise depuis longtemps monsieur Bayrou n’a plus de souffle, écrasé par huit années de macronisme, d’une agitation réformatrice aussi permanente que vaine tant qu’elle ne mettra en cause aucun des fondamentaux du libéralisme.
Les réformes de monsieur Macron n’avaient qu’un objectif : Que tout change pour que rien ne change. Le plan de réduction des déficits de monsieur Bayrou est de la même veine : Tout réduire pour que rien ne change.
Pas étonnant, Elise, qu’il soit décrié par tout le monde … sauf par monsieur Macron.
Bien à toi