Rédigé par Gérard Silighini et publié depuis
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Ma chère Elise,
Je trouve dans la "Dépêche" de ce matin des extraits du courrier que lui adresse Louis-Samuel, le secrétaire de la section socialiste d'Evreux et qui souligne que je suis "une option possible", mais pas la seule. Ce que chacun imagine bien, y compris moi qui ai depuis longtemps appris que les cimetières sont emplis de personnes indispensables. Il s'appuierait, semble-t-il, pour les besoins de sa démonstration, sur un point statutaire. Soit !
La section socialiste d’Evreux lance en effet un appel à candidatures en son sein pour choisir son « premier des socialistes ». J’imagine que Louis Samuel sera seul à déposer la sienne.
Il s'avère que, pour ma part, je suis décidé à m’en abstenir. Voter pour se compter ne me paraît pas très constructif et ne fera que fissurer encore un groupe déjà bien fragilisé par un premier bras de fer, lorsque Louis Samuel candidatait contre Timour Veyri pour ce même poste avant de retirer sa candidature, et un second qui aura permis au même Louis Samuel de « ravir » à Christine le secrétariat de la section. Je n’y reviens pas. La presse s’en est fait l’écho déjà.
Le « premier des socialistes », c’est la personne qui mène les négociations avec les partenaires pour construire la liste, et qui sera la première classée dans le groupe des socialistes. Elle a vocation à devenir, au besoin, la tête de cette liste de rassemblement.
Premier (ou première d’ailleurs), des socialistes, c’est un rôle essentiel en période électorale. Mais lorsque la désignation, quelquefois, se passe dans l’entre-soi d’un petit groupe presque familial ( La section d’Evreux, Elise, c’est à peu près la taille d’une grosse classe), avec tous ses non-dits, ses rancœurs, ses amours contrariées, elle peut répondre à des raisons bien éloignées de l’intérêt commun.
C’est probablement pour cela que les statuts de notre parti prévoient que pour les villes de plus de 3500 habitants, la section n’est décisionnaire que si elle compte en son sein au moins 1/500 du corps électoral, ce qui n’est pas le cas à Evreux. Et, s’agissant des villes de plus de 20 000 habitants, ce n’est jamais la section qui décide pour finir. Son vote, même s’il est le plus souvent suivi, n’est qu’indicatif.
Il faut considérer en effet, que du renversement ou de la consolidation de la municipalité d’Evreux, pour prendre cet exemple qui nous est cher, dépendent bien des aspects de la vie quotidienne de ses habitants. Il n’est pas de surcroît sans conséquences également pour les 110 000 habitants de l’agglomération, et il pèsera probablement aussi, le moment venu, sur l’élection départementale puisque Evreux se partage en trois cantons.
Difficile, face à ces enjeux, de laisser décider seule une grosse trentaine de socialistes, habitants d'Evreux réels ou de circonstances, dans les moiteurs d’un débat où le petit nombre ne peut pas toujours gommer le poids des affects.
Je ne vois donc pas, dans ce contexte, et compte tenu du statut particulier que je crois le mien, ce qui pourrait me conduire à participer à ce vote de désignation interne qui est proposé. J’avais d’ailleurs déjà indiqué cela en début de mois lors d’échanges assez tendus en réunion de la section.
J’en viens, ma chère Elise, à ce que j’appelle mon statut particulier, et qui me conduit à m’exonérer de ce vote. Ce n’est ni le privilège de l’âge ni celui d’une quelconque expérience. C’est simplement que je ne suis pas à proprement parler "candidat", c'est à dire demandeur d'une fonction quelconque puisque je n’en avais initialement pas la moindre volonté et que j’étais bien loin de ces préoccupations. J'accepte de m'y investir, ce qui est différent.
Puis, à sa demande, sur l’insistance aussi de quelques-uns de nos partenaires à gauche, sur l’insistance particulièrement forte du groupe Evreux-Ensemble, je me suis résolu à considérer l’hypothèse de devoir incarner moi-même cette union de la gauche. Je n'avais rien revendiqué, tu le sais Elise. Mais il y a eu ce presque consensus sur mon nom.
Encore faut-il à présent que ce consensus soit complet, qu’il ne soit plus « presque »; c'est à dire que l’ensemble des formations politiques qui signeront un contrat de mandature y participent, y compris le Parti Socialiste.
A cet égard, je ne voudrais pas qu'il y ait de malentendu. Lorsque je te parle, dans mes lettres précédentes, de consensus, c'est bien de celui de l'ensemble des formations politiques qu'il s'agit en effet. Pas le consensus au sein de la section socialiste d’Evreux. Après tout, je ne suis pas davantage certain, même si leurs représentants que j’ai rencontrés disent soutenir mon nom, qu’il fasse totalement consensus dans les instances du PC, des radicaux, de l’Après, de Génération-s , des Verts ou ...
Et même si, après un vote de désignation, la section d'Evreux choisissait en définitive, ce qui ne sera pas difficile puisqu'il ne sera opposé à personne dans cette élection, Louis-Samuel comme premier des socialistes, cela n’empêcherait pas nécessairement le Parti Socialiste en tant que tel de participer à ce consensus.
Peut-être simplement parce que les instances décisionnaires du parti considéreront les réticences et la prudence des autres formations vis à vis d’un candidat dont la jeunesse, le dynamisme et une formation solide sont des atouts incontestables, mais que nuancent fortement l’absence totale d’enracinement local, d’expérience de la vie municipale, et d’expérience de la ville elle-même.
Dans cette hypothèse, je travaillerai alors très volontiers avec Louis-Samuel dont je connais et j'estime les qualités, et qui sera amené à prendre de sérieuses responsabilités durant le mandat. J’aurai alors le sentiment, ayant ainsi contribué durant six ans à ce qu'il renforce cette expérience et cet enracinement qui lui manquent, d’avoir passé le témoin, ce que j'avais tenté une première fois avec Timour Veyri.
J’espère à présent que la situation va se décanter rapidement et dans ce sens. Les attentes sont immenses, et ils sont nombreux ceux qui sont venu me dire, durant la manifestation d'hier, qu'il était plus que temps de relancer la dynamique du rassemblement, avant qu'elle ne se soit trop essoufflée. Le danger est là aujourd'hui, et l'enjeu dépasse largement la question de savoir qui est le plus statutaire des socialistes dans la section d'Evreux.
Extrait de ma retraite aujourd’hui, sans l’avoir demandé, je suis pour ma part bien décidé, ma chère Elise, à me mettre à disposition de la cité où je vis, dans le cadre de cette union apaisée et puissante qu’exige aujourd’hui toute la gauche, et bien plus largement que la gauche me semble-t-il.
Ce sera une très belle aventure, si toutefois quelques stratégies bien singulières ne viennent pas l'empêcher.