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Rassembler la gauche à Evreux ... ?

Reproduction d'une carte postale de mon village natal trouvée sur le fil Facebook signée Cim. Au fond, le crassier de Longwy

Ma chère Elise,

Je vais enfin mieux, pour de bon cette fois. Je porte encore un masque lorsque je croise du public, comme hier sur le marché de la Madeleine où l’orchestre d’harmonie d’Evreux donnait son concert. Demain, ne me restera sans doute de ce covid qu'une sorte de goût métallique dans la bouche, un goût de rouille que provoque, je ne sais pourquoi, le traitement que m'a prescrit mon médecin. Cela finira bien par s'atténuer jusqu'à disparaître..

J’ai profité de mes derniers jours de confinement volontaire pour étudier quelques dossiers supplémentaires et parcourir la presse plus que d’ordinaire. L’article de Guillaume Hamonic dans Paris-Normandie, et qui évoque des tiraillements de la Gauche à Evreux, en les recadrant dans de supposées difficultés départementales, m’a laissé la même amertume que celle de ma potion anticovid.

Je ne sais si son analyse est pertinente s’agissant de l’échiquier départemental, ni si la candidature, interne au Parti Socialiste, de Louis Samuel Pilcer pour être tête de la liste de Gauche à Evreux, est réellement « poussée par le camp de Philippe Brun ». D'autant que, pour connaître un peu Louis Samuel, je le crois parfaitement capable de prendre ses décisions lui-même et je ne suis pas convaincu qu’il soit homme à se les laisser facilement dicter, au contraire.

En ce qui me concerne, Guillaume Hamonic indique que j’accepterai volontiers de « conduire la liste de gauche » ... si mon nom fait consensus.

Ce n’est pas en effet pour entrer dans de grandes manœuvres politiques que je le ferai. De cela j’ai perdu le goût, si toutefois je l’ai eu un jour. Et, lisant ce billet que je t’écris, tu constateras qu’il s'y intéresse bien peu. Si, après avoir longuement mûri ma décision, je suis certain que j’accepterai de conduire une telle liste qui rassemblerait la gauche et, au-delà, le plus possible d’Ebroïciennes et d’Ebroïciens, sans autre étiquette que ce gentilé mais fiers de le porter, c’est pour deux raisons :

La première de ces raisons est que je me sens de gauche. Vraiment, profondément.  Je préfère dire « je me sens » plutôt que "je suis" tant sont nombreuses aujourd’hui les querelles sur des « certificats de Gauche » que s’attribuent certains et que d'autres leur refusent avec véhémence.

Ce sentiment, en ce qui me concerne, s’enracine au plus profond de mon enfance dans un village d’ouvriers du bassin sidérurgique de Longwy. Il s’enracine dans la détresse de toutes celles et ceux qui, dans ma région natale, ont vu détruire leurs usines et se sont retrouvés mis à pied par milliers. Il s’y est teinté des sonorités des langues italiennes et polonaises mais aussi des disputes entre groupuscules qui s’affrontaient, dans l’immédiat après 68, en discours interminables à la cafétéria de l’A.G.E, rue Gustave Simon à Nancy, ces échanges de monologues que l'on se jetait à la tête, et dont je crains qu'ils n'aient été que bien peu féconds.

Ce sentiment, Il s’est développé ensuite cependant que l’ascenseur social, qui fonctionnait encore, m’a conduit à des responsabilités dans la fonction publique et à des mandats d’élu local que mes concitoyens m'ont confiés. Je suis fier par exemple de nombre de choses que nous avons réalisées dans le département lorsque nous y avions une majorité et que toutes les forces de gauche convergeaient pour ce faire.

La seconde raison, Elise, est que je me sens chez moi désormais à Evreux. J’y vis depuis trente-six ans. C'est autant ou presque que le temps que j’ai vécu dans ma Lorraine natale. Mes enfants y ont fait leur école maternelle et élémentaire, avant de fréquenter le collège de Navarre et le lycée Senghor qu’on appelait lycée du Canada. Puis ça a été la fac de Rouen.

Avant de m’y enraciner, je m’étais laissé séduire par la taille humaine de notre cité, par son centre débordant de commerces et de vie, par son marché de La Madeleine à l’ambiance et aux parfums envoûtants, par ses forêts domaniales facilement accessibles et l’Iton omniprésent, et par bien d’autres découvertes, bien d'autres rencontres dans chacun de ses quartiers, au fur et à mesure des mois et des années.

Et puis les ateliers et les usines ont commencé de fermer, contraignant à partir bien des familles. D’autres sont demeurées, mais en situation devenue précaire. La vitalité du centre-ville s'est lentement ralentie, puis plus rapidement, contribuant à dégrader aussi celle des quartiers.   

Pour parler tout de même un instant la langue de bois, je pourrais te dire, Elise, que les causes en sont multiples et profondes, et que chacune des municipalités de ce début de millénaire y aura eu sa part de responsabilité. Mais il est sans doute des parts plus grosses que d’autres. Je suis loin d'être certain en particulier que la politique menée aujourd’hui localement ait la cohérence nécessaire pour insuffler à notre cité une vitalité nouvelle. On aura tenté d’y faire du monumental et du grandiose, mais sans doute négligé que ce qui compte, c’est d’abord la vie, c’est d’abord l’humain.

Et puis une politique locale ne vaut peut-être finalement que si elle s’inscrit dans une vision, dans un rêve pour la ville, et qui soit partagé. C’est un des grands enjeux de la démocratie locale. Et s’agissant de démocratie locale, je n’ai pas l’impression, Elise, qu’aujourd’hui à Evreux … !

Bien à toi

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L
Cher Gérard,<br /> <br /> Rassembler la Gauche et une majorité des électeurs.trices est une nécessité absolue, dont il semble que tu parais avoir conscience, en te lisant et en discutant avec toi, ici ou là en tel ou tel endroit de notre si beau territoire ébroïcien !<br /> <br /> Un principe collectif et pluraliste guide la Gauche constructive locale depuis plusieurs mois. Il est à la fois d'une évidente simplicité mais néanmoins plus pertinent que jamais et sans doute utile à rappeler : cumulées et s'enrichissant mutuellement les unes avec les autres, les unes vers les autres, les forces politiques et citoyennes constructives à Gauche pourront/pourraient (?) permettre aux électeurs.trices de tourner la page.<br /> <br /> Mais de quelle page s'agit-il donc... ? Celle des plus de "10 ans de purgatoire" subis depuis 2014, pour reprendre la désormais célèbre formule émise non par un.e quelconque gauchiste invétéré.e, mais par... un actuel élu municipal et communautaire macroniste !<br /> <br /> Il ne s'agit point de se "faire plaisir", ni de contenter d'éventuels égos politiques individuels que d'aucun.e.s estimeraient avoir d'ores et déjà constatés ou supputeraient exister chez telle ou telle personne, jeune ou parfois moins jeune.<br /> <br /> La population nous attend, plus particulièrement le peuple de Gauche : sur Évreux, mais aussi sans doute sur les autres communes d'Évreux Portes de Normandie (EPN).
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